I. Qui est concerné par la précarité ?
1.Généralités Catégories de personnes touchées par la précarité
En 2023, 5,3 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté en France, représentant 8 % de la population. Plusieurs catégories de personnes sont particulièrement touchées par la précarité :
Les retraités : Ils constituent le premier groupe de ménages pauvres, avec 27 % des personnes touchées. Cette situation s’explique en partie par le poids des retraités dans la population, notamment les personnes seules.
Les étudiants : Ils font partie des personnes les plus touchées par la précarité.
Les femmes : Elles sont également plus vulnérables face à la précarité.
Les familles monoparentales : Majoritairement composées de mères seules avec enfants, elles rencontrent des obstacles importants dans l’accès à des ressources financières suffisantes.
Les ouvriers : Cette catégorie sociale est la plus confrontée à la précarité, avec des fins de mois difficiles et des comptes bancaires souvent à découvert.
Les locataires : Les locataires du parc privé (17 %) et du parc social (17 %) sont particulièrement touchés, notamment dans les zones urbaines et autour de l’arc méditerranéen.
En 2024, près d’un quart des Français (24 %) se considéraient en situation de précarité, avec des difficultés accrues pour faire face aux dépenses essentielles comme l’énergie, le logement et l’accès à une mutuelle santé.
2. La précarité de l’emploi
Un des problèmes de la France concernant l’emploi est que le niveau d’étude et le niveau de qualification sont faibles. D’où la multiplication d’emploi peu qualifiés, précaires, et à bas salaires. De plus, les emplois à bas salaire sont subventionnés. Le SMIC est sujet à une quasi absence de cotisations sociales (problème pour les ressources de la Sécurité sociale et pour les caisses de retraité) ce qui encourage les patrons à développer les emplois à bas salaire.
Ceci a une conséquence sur la piètre qualité des produits français. On est les champions du milieu et bas de gamme, ce qui nous entraine dans une spirale négative
D’où l’appel à l’immigration.
Double précarité
Les emplois précaires sont souvent occupés :
Par des nationaux issus de l’immigration (2 et 3e générations)
Par des nationaux de pays de la communauté européenne
Par des immigrés avec papiers ou sans papiers (Afrique du Nord et Afrique sahélienne, pays de l’Est hors communauté européenne)
La majorité des livreurs d’aujourd’hui demeurent sans papiers, les conditions de travail et de rémunération catastrophiques du métier détournant la majorité des personnes en situation régulière. Vazoumana Meïté, livreur entre 2018 et 2022 chez Frichti, le reconnaissait devant le tribunal : « Toute personne avec des papiers n’aurait aucune raison de faire ce boulot. » Voir paragraphe V L’Ubérisation de la société
La précarité peut concerner le travail mais aussi d’autres domaines. Le travail est cependant la cause principale de son développement. Il est un élément fondamental d’insertion sociale, de construction identitaire et le socle de la citoyenneté. La précarité au travail est susceptible d’entraîner d’autres formes de précarité tels que l’habitat, le revenu, la vie familiale, etc.
La précarité empêche les individus qui en sont victimes de conduire des projets et d’être maîtres de leurs choix. Le développement et l’ancrage de la précarité aboutissent à la formation d’un précariat qui peut être considéré comme une nouvelle classe sociale.
La perception de précarité est fortement dépendante de l’existence de chômage et de la fluidité du marché de l’emploi. En effet, plus il est aisé de changer d’emploi et d’en trouver un autre, moins le risque de perdre l’emploi actuel ou que sa qualité se détériore prend d’importance. La précarité potentiellement ressentie dans un système rigide ou l’on ne peut pas changer facilement d’emploi disparaît donc, même avec un emploi de courte durée ou avec des possibilités d’être licencié.
L’emploi n’a pas pour seul attribut la recherche d’une rémunération. Les chômeurs, par exemple, revendiquent des conditions de travail susceptibles de leur procurer une dignité et des moyens effectifs de s’affirmer professionnellement.
Un précaire témoigne lors d’une visite médicale : « L’intérim, c’est bon pour le patron, pas pour le salarié : c’est humiliant. Dans les entreprises, on fait ce qu’on veut de lui ; celui-ci ne peut jamais dire non ».
Ne comptent plus le plaisir au travail, la reconnaissance, la communauté de valeurs, le lien social. Le chômage contraint à accepter n’importe quoi.
Pourtant un travail peut être dur, s’il plaît on peut s’y investir. Un autre précaire : « Se tenir toujours prêt, toujours dire oui, être aux ordres, accepter des postes dont les permanents ne veulent pas ».
Les précaires acceptent une tâche déqualifiée provisoirement, puis ils s’habituent et restent. Cette dépréciation de l’identité est progressivement intériorisée au cours des tâches déqualifiées qui se succèdent.
Ne pas réussir à obtenir un emploi stable engendre un sentiment de culpabilité ou d’insuffisance avec perte d’identité à la clef.
II. Précarisation(s) du travail à l’ancienne : quelques exemples
1. Le Contrat à durée déterminé d’usage appelé Contrat d’Extra
Le contrat de travail à durée indéterminée (CDI) étant la forme normale et générale de la relation de travail, la conclusion d’un contrat à durée déterminée (CDD) n’est possible que pour l’exécution d’une tâche précise et temporaire et seulement dans les cas énumérés par la loi. Il doit obligatoirement faire l’objet d’un écrit. Quel que soit le motif pour lequel il est conclu, un tel contrat ne peut avoir ni pour objet, ni pour effet, de pourvoir durablement un emploi lié à l’activité normale et permanente de l’entreprise.
Il existe aussi le CDD d’usage créé pour les emplois pour lesquels, dans certains secteurs d’activité définis par décret ou par convention ou accord collectif de travail étendu, il est d’usage constant de ne pas recourir au contrat de travail à durée indéterminée en raison de la nature de l’activité exercée et du caractère par nature temporaire de ces emplois (par exemple la restauration, le sport professionnel, les activités foraines…) Certaines entreprises en abusent afin de ne pas salarier les personnes de façon indéterminée. Or plusieurs CDD successifs peuvent être considérés comme un CDI.
2. Le travail à temps partiel
Ex. Emploi de caissière
L’emploi de caissière est une activité sédentaire. Les horaires sont réguliers, sauf dans les hypermarchés où existe une rotation entre caissières pour couvrir les horaires d’ouverture, de 8 h 30 à 21 h. Dans ce type de magasin, le rythme de travail est très irrégulier.
Quelles sont les conditions de travail d’un caissier ?
La majorité des contrats sont à temps partiel et l’emploi du temps varie souvent d’une semaine à l’autre. Ce métier exige souvent de devoir travailler avec des horaires décalés (en fin d’après-midi, le samedi et parfois le dimanche.
Le salarié à temps partiel est celui dont la durée du travail, obligatoirement mentionnée dans son contrat de travail, est inférieure à la durée légale du travail (35 heures par semaine).
Détournement du statut
Contrat de 30h pour les caissières avec beaucoup d’inconvénients alors même que les demandeurs d’emploi n’ont pas le choix
Salaire moins élevé qu’à temps plein, ce qui impacte le niveau de vie
Evolution professionnelle potentiellement plus lente
Risque d’être considéré comme « moins impliqué » en raison du temps partiel, avec des conséquences sur les opportunités futures
De plus, en raison de l’avènement des nouvelles technologies, le nombre d’hôtes de caisse connaît une lente érosion depuis vingt ans. Dans les années à venir, l’ensemble de cette profession pourrait glisser vers la poly-activité, au risque d’une dégradation des conditions de travail.
3. La durée du travail dans les CHR
Dans les CHR (cafés, hôtels, restaurants) , l’avenant n°2 du 5 février 2007 à la convention collective complète ce que dit la loi en matière de durée du travail et autorise, par exception au droit commun, l’exécution régulière de 4 heures supplémentaires chaque semaine, ce qui, en pratique, porte la durée du travail à 39 heures par semaine (art.3 et 4 de l’avenant).
Détournement du statut
A prendre ou à laisser pour le salarié.
Il en résulte que, dans les CHR les entreprises ont le choix entre appliquer la durée légale de travail = 35 heures par semaine ou 151,67 heures par mois et appliquer la durée conventionnelle de 39 heures par semaine ou 169 heures par mois, et payer un salaire majoré de 10 % pour les heures de travail effectuées chaque semaine de 36 à 39 heures.
4. Boulangerie
Le principal inconvénient du métier de vendeuse en boulangerie est de travailler les jours fériés et les week-ends, avec des horaires variables – tôt le matin et tard le soir -et des risques professionnels liés à la manipulation de produits lourds et à la station debout prolongée.
Avec un salaire très proche du SMIC, d’où le taux de rotation important dans ces emplois.
5. Contrat de travail temporaire ou mission dite d’intérim
En France, le travail temporaire, communément appelé intérim, est une forme d’emploi encadrée par le Code du travail, impliquant une relation tripartite entre un salarié intérimaire, une entreprise de travail temporaire et une entreprise utilisatrice. Pour répondre aux besoins de flexibilité des entreprise
notamment dans les secteurs industriels, logistiques et tertiaires. Par exemple, un accroissement temporaire d’activité, des travaux saisonniers
Détournement du statut
Sur des postes permanents, plutôt que d’embaucher un salarié certaines entreprises préfèrent avoir recours en permanence à des intérimaires.
Ceux-ci ne sont jamais sûr que le contrat soit renouvelé et ne peuvent parfois pas prétendre à louer ou acheter un logement du fait de la non-certitude sur leurs ressources.