Le socialisme de l’espérance, retrouver l’utopie

LE SOCIALISME DE L’ESPÉRANCE

RETROUVER L’UTOPIE

Ce texte est une déclaration d’ambition et d’espérance pour refonder l’idéal socialiste républicain au seuil du XXIe siècle. Il est un appel vibrant à renouer avec l’utopie de la « rose et du poing », non pas dans une nostalgie stérile, mais dans l’audace d’un projet politique adapté à l’urgence de notre temps.

L’objectif est clair, bâtir une démocratie radicalement inclusive, ouverte et délibérative capable de faire face, non seulement aux fractures sociales et à l’individualisme désagrégateur, mais surtout à l’impératif écologique.

Ce projet s’articule autour de la démarchandisation de l’essentiel, du développement des biens communs, et de la reprise d’autonomie de la société vis-à-vis de la finance, de l’économie débridée et de la puissance technologique du numérique.

Nous devons reconnaitre pleinement et prendre en compte la gravité du dérèglement climatique, de l’effondrement de la biodiversité et du franchissement des limites planétaires. Ces réalités ne sont pas des freins, mais les catalyseurs d’une grande transformation vers une société du bien-vivre dans une société de la sobriété et de la juste mesure.

Nous sommes convaincus que la vérité sans concession sur le défi écologique doit s’articuler avec la capacité d’inspirer un avenir désirable, où le bonheur n’est pas une consommation, mais un horizon collectif. L’écologie est le grand chantier rassembleur qui redonne tout son sens aux valeurs de Liberté, d’Égalité et de Fraternité, les transformant en principes d’action concrets pour l’humanité et la nature.

Cette réflexion radicale pose les fondations théoriques et les propositions institutionnelles nécessaires au changement. Elle est fondée sur l’idée que le renouvellement du récit politique est un préalable ambitieux mais essentiel à toute action durable. Il est bon de souligner que ce texte ne prend pas en compte les oppositions politiques, les blocages institutionnels ou les inerties sociales qu’un tel projet rencontrera inévitablement.

Surmonter ces obstacles relève non pas de la théorie, mais du courage, de l’intensité et de l’intelligence du combat politique et citoyen qui doit désormais être mené.

Le poing et la rose

En 1971 le Parti socialiste décide d’adopter et de s’approprier l’emblème créé par le graphiste Marc Bonnet « le poing et la rose » symbole de la lutte et de la beauté avec cette promesse de changer la vie.

C’est cette promesse d’une autre vie, pour plus de bonheur et plus de joie qui a permis aux socialistes en 1981, de capter les esprits mais surtout de s’ouvrir les cœurs des français.e.s.

Cependant, cette idée porteuse d’espérance s’est progressivement abîmée au fil des ans au sein du parti socialiste. Ce discours est désormais perçu par un large public comme usé et répétitif, échouant à susciter l’adhésion ou la mobilisation.

Cette communication est d’autant plus inaudible dans une société capitaliste dominante, caractérisée par la fracturation sociale et l’individualisme.

Dans ce contexte, où l’engagement collectif et citoyen peine à se réaliser, le discours socialiste apparaît en décalage, se bornant à des formules convenues qui semblent dépassées, là où la société attend des projets mobilisateurs et libérateurs.

Michaël Fœssel philosophe « La vie a pu quitter les bancs de l’engagement. Elle s’est nichée dans l’individualisme libéral et hédoniste qui propose une alternative certes génératrice d’inégalités, mais qui apparaît comme plus joyeuse et légère face à l’ascétisme militant.

Sans enjoliver artificiellement le discours politique ni masquer les craintes légitimes quant au temps présent, avoir un discours optimiste est aussi une condition pour susciter l’engagement des plus jeunes dans une aventure collective ».

La nécessité de projeter un horizon politique heureux, particulièrement au sein de la gauche, est plus cruciale que jamais. Pourtant, cette quête d’optimisme peut être perçue comme dissonante face à la profonde incertitude géopolitique, au dérèglement climatique, à l’épuisement des ressources et du vivant.

L’ampleur de la crise ne permet plus l’ambiguïté : l’ONU alertait déjà en 2018 sur la nécessité d’un changement de cap radical pour éviter une « menace existentielle ». Ces mises en garde sont confirmées par les propos récents du Secrétaire Général Antonio Guerres, qui a qualifié notre impuissance à contenir le réchauffement climatique d’« échec moral et une négligence mortelle ».

Dès lors, la question fondamentale est la suivante :

Comment articuler une vérité sans concession sur l’ampleur du défi écologique – qui implique des transformations profondes, des efforts, voire des concessions – tout en maintenant la capacité d’inspirer un avenir désirable, où le bonheur reste un horizon pour l’humanité ?

Spinoza : « Les idées n’ont de force que quand elles rencontrent les affects. »

Opportunité d’innover dans l’espace politique

Dans un contexte international de montée du climato-scepticisme, la réalité du dérèglement climatique ne doit pas être sacrifiée par les partis politiques. Ces derniers privilégient systématiquement la modération de leur discours, optant, par facilité, pour la voie de la prudence électorale plutôt que pour l’exigence de la rupture climatique.

Il existe pourtant, chez beaucoup de nos concitoyen·ne·s, une profonde préoccupation environnementale et un soutien général à l’action climatique. Ce soutien est toutefois tempéré par un réel scepticisme quant à la transition écologique telle qu’elle est actuellement conçue ou envisagée.

Le dérèglement climatique est majoritairement perçu comme une fatalité qui va « nous tomber dessus », plutôt que comme une trajectoire que nous avons le pouvoir de modifier collectivement.

Il est de la responsabilité du Parti Socialiste d’alerter sur notre mode de vie collectivement insoutenable, tout en affirmant qu’une transition écologique juste est possible. Celle-ci doit se concrétiser par des programmes sociaux de transition visibles et bénéfiques pour l’ensemble de la population.

Pour notre parti, c’est une réelle opportunité d’innover dans l’espace politique. Il s’agit de construire un discours positif et engageant qui réponde aux aspirations profondes et aux visions du monde des citoyen·ne·s.

Ce discours doit faire de la transition écologique le grand chantier rassembleur du XXIe siècle – tout comme l’ont été les questions sociales au siècle dernier – il doit dépasser la question purement technique pour engager un narratif de transformation sociétale globale.

Théodore Tallent chercheur et enseignant en science politique « Évoquer ces dangers tangibles, faire l’état des lieux, s’accorder sur un bilan réaliste de la situation constituent ainsi autant de prérequis mais ne peuvent se suffire à eux-mêmes. Aux constats doivent être associées des propositions. »

Le discours trompeur

L’injonction à rendre la transition écologique désirable n’est-elle pas, de fait, une entreprise impossible ?

Depuis plus de 70 ans, les progrès scientifiques et technologiques ont permis de réduire la misère, la maladie et l’ignorance, offrant à une partie du monde une vie plus confortable. Or, cette amélioration s’est soldée par une accélération de la dégradation environnementale et un épuisement critique des ressources.

Il serait trompeur et dangereux d’embarquer l’humanité dans cette transition en conservant le modèle actuel de consumérisme effréné, dont les effets sont mortifères. Une telle approche nous éloignerait de la prise de conscience collective indispensable et des solutions réellement innovantes.

Le problème demeure : la grande majorité de l’humanité reste sourde aux multiples rapports émanant du consensus scientifique.

De plus, on retrouve une partie des classes populaires, celles qui sont le plus exposées à la pollution, aux maladies, aux catastrophes, qui pour des raisons d’emploi dans le secteur industriel, de coût de la vie, du chauffage et des transports, voit leur intérêt à poursuivre un mode énergétique carboné.

Pierre Charbonnier philosophe de l’environnement : « Nous constatons un désalignement entre les intérêts socio-économiques des classes les plus pauvres et l’enjeu de décarbonation et de transformation énergétique. Est-ce une fatalité ?Je ne pense pas, mais cela nous interroge : il faut démontrer à ces groupes sociaux que l’écologie est dans leur intérêt … ».

Les solutions pour maintenir la planète habitable existent, mais elles reposent sur une condition unique et non négociable : écouter et intégrer les avertissements des milliers d’experts (climatologues, biologistes, ingénieurs, philosophes et autres acteurs de l’écologie).

Il n’est pas trop tard, mais l’heure est à l’action immédiate.

Cosignataires : Jean Chrétien, Isabelle Moulin, Jean Frédéric Samie, Jean Philippe Milet, Emma Rubio, militants section vallée du Sausseron.

Jean Chrétien