Quel projet pour le parti socialiste du 21ème siècle ?

L’échec politique de Macron et de sa politique « pro-business », se traduit aujourd’hui par au moins trois déplorables conséquences :

– Une aggravation des inégalités, sociales et territoriales, une société fracturée avec un développement de la pauvreté et de l’individualisme, couplé avec une indécente augmentation des fortunes de quelques-uns.

– Une division profonde du corps électoral qui se traduit par une instabilité persistante au sommet de l’Etat, et un puissant sentiment de rejet de la classe politique,

– Sans oublier une explosion des déficits et de l’endettement de la France, obérant son avenir et son économie

Ce constat consternant semble conduire inexorablement le pays, en l’absence crédible d’une autre alternative, à la victoire électorale prochaine du populisme d’extrême droite et à l’avènement en France, d’un régime « illibéral », raciste et xénophobe.

Si l’on veut encore épargner pareille humiliation à la France des Lumières et de la Déclaration des Droits de l’Homme, éloigner la honte qui salirait alors la France à l’international, sans parler du chaos qui s’installerait avec la mise en œuvre d’un programme irréaliste par des amateurs incompétents et des conséquences catastrophiques pour les couches sociales les plus démunies, il y a urgence à produire une alternative crédible à cette funeste perspective.

La droite, dans ses diverses composantes, allant du pseudo « centre » à la droite de la droite (déjà satellisée par le RN), ayant démontré son impuissance ou son absence de volonté à constituer cette alternative, reste à la gauche de (re)jouer son rôle historique de sauveur de la « République »

Hélas, le moins qu’on puisse dire est que les choses sont mal engagées et que le chemin est semé d’embuches.

D’où l’urgence qu’émerge un projet attractif et crédible.

L’union des gauches du PS à LFI, réalisées en 2022, puis en 2024, malgré l’espoir qu’elle avait fait naître, a échoué à incarner cette alternative. La divergence entre ses composantes sur la conduite à tenir dans le contexte d’une assemblée nationale sans majorité, et la volonté de lfi de faire bande à part dès lors que son leadership avait disparu, ont précipité sa fin.

Si les communistes et les écologistes n’ont pas, eux, considéré que leurs désaccords avec le parti socialiste, notamment sur la conduite à tenir lors des votes à l’assemblée, constituaient une cause de rupture, comme en témoignent les listes communes PS-PCF-EELV dans la très grande majorité des communes pour les municipales, il n’en va pas de même pour LFI qui, durcissant violemment son discours, n’a pas tardé à accuser les socialistes de toutes les traitrises, trouvant là un prétexte à rompre une union où elle n’était plus dominante, et au sein de laquelle une quatrième candidature de Mélenchon était unanimement rejetée .

Un autre chemin est donc à construire et les socialistes, ont, de par leur caractère central, un rôle crucial à jouer pour contribuer à construire cette nouvelle alternative à gauche. Leur « projet » en construction sera donc un élément déterminant de cette perspective.

Pour y contribuer modestement, je propose que ce projet donne une réponse à quatre questions fondamentales :

 Quel modèle de société proposons-nous aux françaises et aux français de construire ?

 Quelle est la fonction des socialistes et de la gauche dans ce modèle ?

 Quelle conséquence en termes de programme et de stratégie ?

 Quel outil politique, quel parti socialiste ?

1° Un projet de société attractif : la « République Sociale et écologique »

Quelle société souhaitons-nous proposer aux français ?

Notre projet doit présenter un modèle social alternatif à la société libérale qu’on nous construit. Un modèle social économiquement efficace parce que socialement juste

A l’inverse de l’évolution entamée depuis trente ans qui détricote, maille par maille, le modèle social mis en place en 1945 inspiré du programme du Conseil National de la Résistance (CNR), notre projet de société, non seulement n’ est pas incompatible avec une économie compétitive, mais en est la condition.

Le parti socialiste est l’héritier principal de la synthèse républicaine, justement associée à la figure de Jaurès, articulant combat républicain et émancipation sociale, libertés individuelles et droits collectifs, démocratie et socialisme. Le socialisme pour nous, comme pour Jaurès, c’est la République poussée jusqu’au bout, la « République sociale ». Socialistes parce que républicains, républicains, donc socialistes.

Cette conception d’un socialisme démocratique, républicain, a conduit les socialistes, par la voix de Léon Blum, à refuser la voie autoritaire préconisée par les bolcheviks russes en 1920, et par la suite à s’opposer aux modèles de société communistes, qui se sont implantés en Russie d’abord, puis plus tard en Europe de l’Est, en Chine, Cuba, etc.

Le modèle collectiviste intégral qui s’y est implanté a échoué dans tous les domaines, économique, social, politique, culturel, etc. les classes populaires de ces pays n’ayant accédé ni à un meilleur niveau de vie, ni aux libertés individuelles ni à la démocratie ni a fortiori au pouvoir réel, mais ont dû souffrir au contraire de dictatures sinistres exercées par des élites bureaucratiques privilégiées.

Les socialistes ne transigent pas et ne transigeront jamais sur leurs valeurs, leur attachement aux libertés individuelles, à la démocratie, à l’Etat de droit, ainsi qu’à la grande spécificité française qu’est la Laïcité, garante de la liberté de penser pour toutes et tous.

Sur le plan économique, la collectivisation générale et autoritaire, mise en place dans les régimes « communistes », a démontré qu’après plusieurs décennies d’application, l’échec est total, ce qui nous amène à reconnaître qu’on n’a pas trouvé de solution autre que l’économie de marché pour assurer la création de richesses nécessaires pour assurer un niveau de vie décent aux habitants et permettre la réalisation des solidarités sociales indispensables à l’équilibre d’une société.

Cela revient à dire clairement aux entrepreneurs, propriétaires des moyens de production, investisseurs, actionnaires, etc. que la République sociale reconnait leur rôle dans la société et ne cherche nullement à les faire disparaître comme le pensaient nécessaire et inéluctable les premiers socialistes.

Mais si l’économie de marché est incontournable, le libre jeu du marché est aussi producteur d’inégalités inacceptables pour les socialistes.

« L’économie de marché, oui, une société de marché non ! » (Lionel Jospin)

Cette approche amène à préconiser un modèle de société où l’économie de marché, utile et nécessaire dans de nombreux secteurs de l’activité humaine, y est contenue et encadrée.

Le marché ne saurait en effet inspirer les orientations stratégiques en matière de grandes infrastructures, d’aménagement du territoire, de lutte contre le réchauffement climatique et pour la transition écologique, d’approvisionnement énergétique, de haute technologies, sans parler de politique internationale, de défense, de recherche, d’éducation, de culture, de politique de santé, de solidarité, tous domaines qui, par leur nature, relèvent de politiques publiques et donc en dernier ressort de la souveraineté populaire, exprimée par les citoyens lors d’élections démocratiques, le tout utilement complété par un fort secteur privé à but non lucratif, celui de l’économie sociale et solidaire (coopératives, mutuelles, etc.)

Nous ne partons pas de rien. Les combats républicains pour la démocratie et les libertés individuelles et collectives, les conquêtes sociales arrachées par les luttes sociales et le combat syndical, les progrès accomplis lorsque la gauche a exercé le pouvoir, (en 1936 avec le Front Populaire, en 1945 à la Libération avec le programme du Conseil National de la Résistance, en 1981 avec la victoire de François Mitterrand…), ont posé les bases d’un « modèle républicain » que les droites ne cessent de détricoter dès qu’ils le peuvent, au nom des dogmes libéraux.

L’attachement des français à ce modèle de société, et des peuples européens en général à leur

modèle social constitue un atout. Leur adhésion à un projet qui permette un renouvellement et

un renforcement de ces modèles dépend de la crédibilité que la gauche saura lui donner.

2° Quelle fonction des socialistes et de la gauche dans ce modèle ?

Dans ce modèle de société, et évidemment dans la phase de sa construction, quelle est la fonction de la gauche et des socialistes en particulier ?

Il convient ici de renouer avec une approche sociologique. La gauche et le PS en particulier ont négligé depuis une trentaine d’année l’analyse des évolutions sociales et sociétales qui ont bouleversé la société française. Cette impasse théorique a coïncidé hélas – et ce n’est vraisemblablement pas un hasard – avec une perméabilité de la social-démocratie aux théories néolibérales et à la désaffection des classes populaires, autrefois massivement partisanes de la gauche. Un retour au travail théorique, une ouverture au travail des chercheurs s’imposent. C’est une des conditions pour reconquérir notre base sociale.

Car ce dont on peut être sûr, c’est que, sans faire du marxisme simpliste (ni jeter à la poubelle non plus ce que cette théorie a pu apporter), dans la société telle qu’elle existe aujourd’hui, comme dans le modèle de société que nous envisageons, il y a et il y aura encore des intérêts et des visions contradictoires entre les couches sociales.

Si une gauche au pouvoir doit évidemment incarner l’unité nationale et l’intérêt général de la Nation, cela ne dispense pas d’être lucide. Les intérêts des détenteurs du pouvoir économique ne sont pas les mêmes que ceux de leurs salariés. Et les intérêts de ceux-ci ne sont pas tous identiques, même si les antagonismes y sont moins aigus. Et oui, la « lutte des classes » existe toujours. Et cette confrontation est permanente et évolutive. Il convient donc d’obtenir des compromis favorables aux couches sociales

Xavier GARBAR