L’accès à une alimentation de qualité constitue aujourd’hui une inégalité majeure. Une part croissante de la population est contrainte de se tourner vers une alimentation industrielle, moins chère mais souvent moins saine, tandis que les produits issus de circuits courts, de l’agriculture biologique ou de qualité restent inaccessibles pour une grande partie des ménages. Cette situation crée une fracture alimentaire qui recoupe les inégalités sociales et territoriales, tout en fragilisant le modèle agricole.
La sécurité sociale de l’alimentation vise à répondre à cette double crise en reconnaissant l’alimentation comme un droit fondamental, au même titre que la santé. Elle repose sur la création d’un budget alimentaire mensuel attribué à chaque citoyen, utilisable exclusivement pour l’achat de produits conventionnés répondant à des critères de qualité, de durabilité et de proximité. Le montant de ce budget pourrait être fixé autour de 100 à 150 euros par mois et par personne, avec une modulation possible selon les revenus.
Le dispositif s’appuie sur un système de conventionnement démocratique des produits et des filières. Des caisses locales de l’alimentation, composées de représentants des citoyens, des producteurs, des collectivités et de l’État, seraient chargées de définir les critères d’éligibilité des produits. Ces critères pourraient inclure des exigences en matière de qualité nutritionnelle, d’impact environnemental, de conditions de production et d’ancrage territorial. Ce fonctionnement permet d’adapter le dispositif aux réalités locales tout en assurant une cohérence nationale.
Cette mesure permettrait de soutenir massivement une agriculture paysanne et durable, en garantissant des débouchés stables et rémunérateurs aux producteurs. Elle contribuerait à lutter contre les logiques de concurrence déloyale et de pression sur les prix, qui fragilisent aujourd’hui les agriculteurs, notamment les plus jeunes. Elle favoriserait également le développement des circuits courts et la relocalisation de l’alimentation.
Sur le plan social, la sécurité sociale de l’alimentation permettrait de réduire significativement la précarité alimentaire, qui touche aujourd’hui plusieurs millions de personnes. Elle mettrait fin à une logique d’aide alimentaire stigmatisante pour lui substituer un droit universel, accessible à tous, sans condition de statut. Elle contribuerait également à améliorer la santé publique, en réduisant les pathologies liées à une alimentation de mauvaise qualité.
Noa Besacier Sahyt