Les inégalités environnementales constituent aujourd’hui une dimension centrale des inégalités sociales. Les classes populaires sont davantage exposées aux pollutions, aux logements dégradés, aux risques climatiques et aux nuisances du quotidien, tout en disposant de moins de moyens pour s’en protéger. Pourtant, les politiques écologiques dominantes tendent à individualiser les responsabilités, en insistant sur les comportements ou les petits gestes, sans s’attaquer aux causes structurelles de ces inégalités.
Le service public de l’environnement et de la justice écologique vise à rompre avec cette logique en reconnaissant l’environnement comme un droit fondamental garanti par la puissance publique. Il repose sur une intervention directe de l’État et des collectivités pour corriger les inégalités d’exposition et assurer des conditions de vie dignes à l’ensemble de la population.
Ce service public aurait pour première mission d’identifier et de cartographier les zones de surexposition environnementale, en croisant données sociales, sanitaires et écologiques. Il permettrait de rendre visibles les inégalités territoriales, notamment dans les quartiers populaires, les zones industrielles ou les territoires ruraux exposés aux sécheresses, aux incendies ou à la dégradation des ressources naturelles.
Il aurait également pour mission d’intervenir directement pour améliorer les conditions de vie. Cela inclut la dépollution des sols et des eaux, la rénovation écologique des logements dégradés, la lutte contre les îlots de chaleur, l’amélioration de la gestion des déchets et la protection des ressources locales. L’objectif est de garantir à chacun un environnement sain, indépendamment de son revenu ou de son lieu de résidence.
Par ailleurs, ce service public jouerait un rôle de régulation renforcée des activités polluantes. Il disposerait de pouvoirs accrus de contrôle et de sanction, notamment vis-à-vis des grandes entreprises responsables de nuisances environnementales. Cette approche permet de déplacer la responsabilité des individus vers les acteurs économiques qui contribuent le plus aux dégradations environnementales, en cohérence avec une logique de justice écologique.
Enfin, ce dispositif s’inscrit dans une logique de politisation des enjeux écologiques. Il ne s’agit pas seulement de protéger l’environnement, mais de faire de la question écologique un levier de transformation sociale, en s’attaquant aux mécanismes qui produisent des inégalités d’accès à un cadre de vie digne. Cette approche rejoint les analyses qui montrent que l’écologie ne peut mobiliser durablement les classes populaires que si elle s’inscrit dans une critique des injustices sociales et matérielles.
Noa Besacier Sahyt