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Le Grand Prix de la Mobilité Durable Porspoder-Menton : un défi industriel et écologique pour le véhicule du futur

I. Le défi

La France n’a pas de pétrole, mais elle a des ingénieurs. Et elle a une géographie : de Porspoder, à la pointe du Finistère — le point continental le plus occidental de France métropolitaine — à Menton, à la frontière italienne — le point le plus oriental — 1 320 kilomètres séparent deux villes que tout conducteur français peut se représenter. Cette diagonale traverse la France dans toute sa diversité : Bretagne rurale, couloir ligérien, Massif Central, vallée du Rhône, Côte d’Azur.

Ce trajet devient le symbole d’un défi technologique, industriel et écologique : concevoir le véhicule du futur capable de relier Porspoder à Menton en conditions réelles de circulation, avec quatre passagers adultes et 50 kilogrammes de bagages, en une seule charge ou un seul plein. C’est le défi que nous proposons de lancer à l’industrie automobile européenne.

II. Le dispositif

Le Grand Prix National de la Mobilité Durable est organisé par une Agence nationale de la mobilité durable placée sous la tutelle des ministères de la Transition écologique et de l’Industrie. Il est ouvert à tous les constructeurs automobiles ayant une production significative en France ou en Europe — Renault, Stellantis, Volkswagen, BMW, Toyota Europe — ainsi qu’aux consortiums associant une startup et un établissement de recherche public.

Les participants sont évalués selon cinq critères : la distance réelle parcourue (40 %), le coût de fabrication cible (20 %), l’empreinte carbone du cycle de vie complet (20 %), la réparabilité et la recyclabilité (10 %), et la standardisation du système de recharge (10 %). La dotation est de 50 millions d’euros pour le grand prix, 10 millions pour chaque prix de catégorie, et une enveloppe complémentaire de 100 millions d’euros pour l’industrialisation du prototype lauréat. Le calendrier prévoit un lancement en 2028, des épreuves qualificatives en 2030 et le grand prix final en 2032.

III. Les quatre catégories

Le concours est organisé en quatre catégories, couvrant l’ensemble des technologies de mobilité décarbonée en compétition.

La catégorie Électrique cible la densité énergétique des batteries et la gestion thermique, avec pour objectif implicite de dépasser 1 000 kilomètres d’autonomie réelle avec une batterie d’un poids raisonnable. La catégorie Hydrogène porte sur la pile à combustible et la densité des réservoirs, favorisant la filière hydrogène vert que la France développe dans ses bassins industriels. La catégorie Hybride innovant laisse libre la combinaison technologique — électrique et carburant de synthèse, électrique et hydrogène — pour encourager les solutions de transition vers le tout-électrique dans les zones rurales enclavées. La catégorie Poids-lourd et bus étend le défi aux véhicules lourds : un bus de 40 passagers réalisant Porspoder-Menton sans recharge, enjeu stratégique pour la décarbonation des transports en commun interrégionaux.

IV. L’enjeu caché : la standardisation des bornes de recharge

La fragmentation actuelle des standards de recharge électrique — CCS, CHAdeMO, Tesla Supercharger, Type 2, GB/T chinois — est un obstacle majeur à l’adoption de masse du véhicule électrique, souvent sous-estimé dans le débat public. Le Grand Prix Porspoder-Menton intègre cet enjeu comme condition préalable à la participation : tous les prototypes doivent être conçus avec des connecteurs conformes au standard européen unifié CCS Combo 2, renforcé par le règlement AFIR (Alternative Fuels Infrastructure Regulation), et au Megawatt Charging System pour les poids-lourds.

Le concours inclut une épreuve de recharge rapide : le temps nécessaire pour récupérer 80 % de la capacité dans une borne standardisée est intégré au score. En contrepartie, l’État s’engage à déployer 10 000 bornes de recharge rapide supplémentaires sur les grands axes, avec une priorité sur les axes Bretagne-PACA actuellement sous-équipés. Un label Partenaire du Grand Prix est accordé aux stations-service installant des bornes ultrarapides conformes au standard, avec une aide à l’investissement de 30 %.

V. Une politique industrielle cohérente

Le Grand Prix n’est pas un gadget médiatique. Il s’inscrit dans une politique industrielle dont l’objectif est de maintenir et développer la filière automobile française face à la concurrence chinoise et américaine.

Le lauréat bénéficie d’un contrat de filière avec l’État : commande publique garantie de 10 000 véhicules sur trois ans — flottes de police, Éducation nationale, collectivités — permettant d’amortir les coûts de développement. Les aides publiques à la production de batteries sont conditionnées à une fabrication en France ou en Europe, en coordination avec le programme IPCEI batteries : l’objectif est de ne pas gagner le défi technologique pour assembler en Chine. Un plan de formation de 15 000 techniciens spécialisés sur cinq ans est lancé dans les lycées professionnels des régions à forte tradition automobile — Hauts-de-France, Grand Est, Pays de la Loire. Enfin, les constructeurs allemands, italiens et espagnols sont formellement invités à participer, dans le cadre d’une ambition d’européanisation du concours à l’horizon 2036.

VI. Pourquoi Porspoder et Menton ?

Porspoder n’est pas choisie par hasard. C’est la pointe de la Bretagne, symbole des territoires que l’on dit enclavés et que les politiques de mobilité oublient trop souvent. Menton est le point le plus oriental. Entre les deux, la France entière. Tout conducteur français peut visualiser ce trajet — c’est sa force comme symbole politique.

Mais au-delà du symbole, ce défi pose une question concrète et mesurable à l’industrie : à quelle date serez-vous capables de proposer à un Français ordinaire, vivant à la pointe de la Bretagne, un véhicule qui lui permette de rejoindre le bord de la Méditerranée sans s’arrêter ? Quand la réponse à cette question sera affirmative et accessible financièrement, la transition écologique des mobilités individuelles sera réellement en marche.