Affronter le sujet de la dette et du rétablissement des comptes

À la lecture des trois TO en présence lors du dernier congrès de Nancy, il ressort que la question de la dette et de sa résorption a été ignorée, sauf par le TO C qui y a consacré un petit paragraphe .

Le sujet de la dette a été mis en évidence par F. Bayrou, rendons-lui ce point. Des sondages montrent qu’il est devenu une préoccupation pour les Français(e)s.

Il est clair que le problème n’est pas la dette en soi qui « roule » en permanence mais bien celui de sa charge qui dépend du volume de la dette et des taux d’intérêts redevenus élevés. La charge de la dette s’élève à 52 Mds€ en 2025, soit 8% du budget de l’Etat, et pourrait atteindre 60 Mds€ en 2026 puis 71 Mds€ en 2027, rivalisant avec le budget des armées voire de l’éducation.

Le débat budgétaire en cours fin 2025 a montré cruellement la difficulté de trouver un compromis entre une gauche qui veut principalement accroître les recettes et une droite qui ne veut que diminuer les dépenses (sociales ou d’Etat). C’est donc « un sujet qui fâche » depuis toujours avec la droite mais aussi entre nous.

De nombreux articles ou contributions de personnalités socialistes ou de gauche ont démontré le caractère utopique ou inapplicable de la taxe Zucman (qui est certes un bon outil de « com » au point de sembler la panacée) et proposé des solutions alternatives permettant de faire contribuer davantage les ultra-riches sans mettre en péril les entreprises : alignement de la taxation des revenus du capital sur celle du travail ou augmentation de la flat-tax, création d’un nouvel ISF modulé selon l’intérêt collectif des biens, abolition ou réduction des niches successorales , réforme de la législation concernant les holdings, etc. Ce serait une grave erreur de faire de la taxe Zucman notre étendard dans la prochaine campagne présidentielle.

Or, on ne peut continuer à aggraver indéfiniment la charge de la dette. Sans parler de revenir à l’équilibre budgétaire qui demanderait un effort combiné sur les recettes et les dépenses de 120 à 150Mds€, le seul objectif de revenir à un déficit de 3% du PIB suppose un effort d’environ 60 à 70Mds€ reconduit d’année en année. Plus on tardera à le faire ou à l’étaler plus la dette grossira.

C’est un défi majeur compte tenu des exigences nouvelles que sont le réarmement de la France face au péril russe combiné au désengagement américain et la transition écologique face au dérèglement climatique.

Les économies sont donc aussi nécessaires que les recettes nouvelles :

 L’efficacité des dépenses publiques doit être scrutée dans la mesure où malgré un ratio record dépenses publiques / PIB, la satisfaction des citoyens français n’est pas meilleure que dans les pays comparables. Il n’y a pas de structure où des économies d’organisation et de fonctionnement soient impossibles.

 Le balayage des aides aux entreprises directes (subventions, compensations) ou indirectes (exonérations) doit être fait avec discernement, avec le souci de privilégier l’innovation et la compétitivité des entreprises soumises à la concurrence internationale.

 Concernant les ménages, l’abattement de 10% sur les pensions de retraites n’est plus justifié depuis l’instauration de la retenue à la source pour tous les revenus. Rappelons en effet qu’il a été créé en 1978 pour compenser le fait que les revenus des retraités étaient déclarés par des tiers (caisses de retraite) à la différence des salaires à l’époque, donc que les retraités étaient moins en mesure de frauder le fisc. La suppression (progressive ?) de cet avantage fiscal devrait être assumée, d’autant que toutes choses égales par ailleurs les retraités français sont mieux lotis que les salariés ou que les retraités de pays comparables.

 Osons dire aussi que notre modèle social – l’un des plus généreux au monde – doit être réexaminé : sans renoncer aux principes de solidarité, on peut bouger bien des curseurs en ayant comme priorité n°1 : la jeunesse.

Jean-Claude GIBLIN