SYSTEME EDUCATIF – LES CONSTATS EN 2025
Un constat de persistance et de renforcement des inégalités malgré les actions engagées pendant des décennies. Un échec du système éducatif pour permettre aux élèves les plus en difficultés de s’en sortir ET simultanément une difficulté de plus en plus grande à dégager des élites scolaires. Un défi majeur consistant à donner un sens à la scolarisation
– dans un monde où l’intelligence artificielle questionne la transmission des savoirs
– Dans un monde où la transition écologique transforme les projections personnelles et professionnelles des jeunes.
Les « chantiers » qui se présentent pour les années à venir dans le système sont pour moi les suivants :
1- Trouver le chemin d’une véritable décentralisation de l’Education Nationale :
a) Un premier angle d’analyse-Les ressources humaines
Avec son million de fonctionnaires notre organisation du système éducatif présente son premier talon d’Achille : L’impossibilité de concevoir une politique de gestion des ressources humaines compatible avec les exigences du 21ème siècle. Les initiatives prises ces dernières années en matière de mutation ne suffisent absolument pas. Elles sont une des sources de défections des générations les plus jeunes qui n’ont aucune intention de se voir imposer des nominations dans des lieux d’exercices qui ne leur conviennent pas.
Par ailleurs, la question de l’analyse des carrières et de la fluidité entre les divers postes du système éducatif est majeure lorsqu’on pense soit aux questions démographiques, soit aux questions d’allongement des carrières.
b) Un 2ème angle : Les politiques éducatives
Croire qu’on enseigne de la même manière et les mêmes choses à Brest, Strasbourg, Marseille, Pointe à Pitre, Toulouse, Lille ou à Auray, Guéret, Ollioules, Saint Laurent du Maroni, Saint Omer ou Flers relève d’un aveuglement dont la France a le secret. (Et je n’ai pas dit grand chose de Paris et de sa banlieue ni des villes et villages en dessous de 10 000 habitants)
La notion de programme d’enseignement nationaux définis dans leur détail nourrit avant tout aujourd’hui des polémiques d’un autre temps et mobilise une logistique de normes et de contrôle extrêmement couteuse. Le système ne parvient toujours pas à construire des architectures souples permettant TOUTES les adaptations locales nécessaires.
c) Un 3ème angle : La détermination des formations et enseignement nécessaires
Pour l’instant, on assiste à un « combat » permanent entre régions et rectorat pour établir des Plans Régionaux de Formation (PRDF) cohérents. Il faut aller plus loin dans l’établissement des responsabilités aux bons niveaux de décision.
PROPOSITION : Instauration de régions éducatives dotées de la plus grande autonomie possible dont les compétences embrassent la gestion de personnel, la politique éducative et les décisions structurelles. Il s’agit bien d’un échelon politique qui ne se confondrait pas avec les compétences de mise en œuvre technique des rectorats. On est resté très largement au milieu du gué en matière de décentralisation et il faut franchir une autre étape. A un terme qu’on ne peut fixer, y compris l’organisation du temps scolaire ou la rémunération des personnels pourraient également être décentralisées mais j’avoue qu’à ce stade, cette spéculation relève d’un horizon inatteignable.
2- Repenser la structuration du système éducatif
Le découpage Ecole / Collège / Lycée (pro, général, techno) et les âges y afférents semblent une donnée intouchable de notre système éducatif à tel point que les professeurs exerçant dans l’un ou l’autre étage n’ont presqu’aucune possibilité de mobilité simple entre ces systèmes.
Par ailleurs, le génie Français a inventé les classes préparatoires et certaines formations du supérieur comme parties intégrantes de la scolarité secondaire.
Depuis longtemps le maillon faible du système est identifié comme étant le collège(unique) avec une incapacité à inventer en dehors de ce cadre extrêmement réducteur. Les « cycles » ont bien tentés de découper la scolarité de manière plus adaptée et l’invention du socle commun a cherché à définir un objectif incluant tous les élèves.
Malgré tout, la question reste posée : S’agit-il au collège de garantir une possibilité d’accès au lycée (général) ? S’agit-il de terminer les acquisitions de la scolarité primaire ? S’agit-il de préparer son orientation ? Alors on dit, c’est tout à la fois en empêchant de ce fait que l’une ou l’autre des propositions se réalise complètement.
PROPOSITION : Rien n’empêche de redéfinir les structures en prenant en compte les difficultés d’un système ancien à répondre aux défis de l’époque.
Le système de l’école maternelle semble continuer à donner satisfaction et l’introduction de la scolarité obligatoire dès 3 ans n’a pas posé de problèmes insurmontables.
L’école primaire pourrait par contre être étendu jusqu’à l’âge de 13 ans faisant des classes de 6ème et de 5ème, une réelle primaire supérieure dont le but serait de consolider les acquis fondamentaux.
La 4ème au collège est bien connue comme l’âge de bascule où les écarts se creusent et s’affirment. Un « petit lycée » peut aisément être conçu autour des classes de 4ème, 3ème et seconde, classes largement optionnelles qui prépareraient l’orientation des élèves dans l’une ou l’autre des voies du lycées en deux ans, voies professionnelle (objectif BTS), technologique (objectif IUT) ou générale (objectif enseignement long). Passerelles à organiser bien entendu à tous les niveaux et proposition de l’apprentissage en entreprise dès que possible.
Au lieu de la notion de collège unique, il s’agirait de définir une scolarité adaptée aux besoins de chaque élève.
Enfin, une réelle remise en cause du système des classes préparatoires, gouffres financiers et spécificité qui fait bien souvent doublon avec les systèmes intégrés des écoles (ingénieurs, etc…) doit être envisagé. En ce qui concerne les BTS, le choix d’implantations exclusives en lycées professionnels permettraient de revaloriser la filière professionnelle par la présentation d’un cycle d’études complets.
3- Repenser le « personnel éducatif »
Les politiques d’inclusion, l’apparition marqué de troubles divers chez les élèves notamment à la suite du COVID, l’intégration de publics très éloignés de l’apprentissage scolaire (EANA, décrocheurs, gens du voyage etc…) ne s’est pas accompagné ces dernières années d’une redéfinition des compétences attendues chez les professionnels de l’éducation. On en reste à la vision traditionnelle d’enseignants complétés par des CPE en ce qui concerne la vie scolaire. Ceci a entraîné clairement l’épuisement progressif et majeur des enseignants.
PROPOSITION : Il est largement temps de considérer que les problématiques de sécurité, d’éducation et d’attention aux besoins éducatifs particuliers nécessite de s’adjoindre des spécialistes en matière d’éducation spécialisée, de prises en charges thérapeutiques, de Français langue étrangère, de techniciens de la rééducation mais aussi d’agents de sécurité.
Ces besoins n’étant pas présents partout de la même manière, il est nécessaire de constituer des pôles ressources mobilisables en tant que de besoin, sur des situations spécifiques mais pour des durées longues.
La gestion de classe étant devenue au fil du temps une difficulté majeure s’apposant à la transmission des savoirs, il semble nécessaire aujourd’hui de conduire des diagnostics d’accompagnement des pratiques enseignantes permettant de leur adjoindre, soit un second collègue enseignant, soit un des personnels spécialisés cités ci-dessus pour une prise en charge et une transmission des savoirs aux élèves plus efficace.
Bien entendu, ces prises en charge peuvent être diagnostiquées et coordonnées par les personnels médico (médecins, infirmières)-socio (AS)-psychologique (Psyen) regroupés en un service de diagnostic et d’accompagnement des situations.
4- Etat des bâtiments
Les infrastructures dédiées aux activités d’éducation même si elles ont connu des évolutions architecturales sont loin d’être en phase avec les besoins que l’époque impose à la fois pour les personnels et pour les élèves.
On trouve encore dans nombres d’endroits des situations de vétusté des locaux scolaires. La question spécifique des toilettes en établissement scolaires n’a toujours pas été traitée de manière satisfaisante à ce jour.
Beaucoup d’établissements n’ont toujours pas de bureaux équipés (ordinateurs) et espaces de convivialité permettant aux personnels de travailler sur place, en dehors de la dispensation de cours.
De la même manière, le « hors-cours » est trop rarement pensé pour les élèves. (Espaces de relaxation, de retour au calme, de gestion des situations d’urgence… L’infirmerie ne suffit pas.)
Aujourd’hui des salles d’accueil de personnes extérieures à l’établissement sont trop rares (éducateurs, parents, associations diverses…)
PROPOSITION : Renforcer d’une manière significative et publique toutes les procédures de diagnostic de besoin et de plan d’équipements coordonnés sur plusieurs années. Les équipes de terrain connaissent clairement les manques de leurs établissements. Il est cependant nécessaire de les guider dans l’établissement d’un diagnostic. Les rectorats et les DSDEN doivent avoir un accompagnement renforcé sur ces questions matérielles qui relèvent de compétences des collectivités, c’est vrai, mais ont tellement d’implications pédagogiques et de bien-être au travail, qu’elles doivent être prioritaires.
Par ailleurs un fonds national d’aide aux collectivités devrait être établi manifestant la volonté nationale d’améliorer les conditions matérielles de la scolarité en France. Le fonds vert (transition écologique) en fait partie mais ne doit pas occulter l’ensemble des questions du bâti scolaire.
5- Pilotage des systèmes – Hiérarchie
A une époque où les entreprises et même certains secteurs de la fonction publique ont compris que la gestion des ressources humaines en 2025 nécessite des pratiques d’asso