L’AOSIS, l’alliance qui regroupe aujourd’hui les petites nations insulaires et les nations basses-cotières, 39 membres depuis sa création, a été pensée pour permettre aux périphéries de la mondialisation d’organiser leur propre agenda diplomatique et climatique, afin de peser efficacement dans les négociations internationales, notamment lors des sommets. Cette stratégie de la défragmentation a à de nombreuses reprises porté ses fruits dans des événements historiques.
Pesant moins d’1% de l’économie mondiale, largement sous côtés par la diplomatie internationale, les états de l’AOSIS, pour l’essentiel situés dans les Caraïbes, l’océan Indien et le Pacifique, ont joué un grand rôle dans le succès du protocole de Kyoto, ont tenu tête aux États du Golfe lors des accords de Paris, surtout l’AOSIS a initié les deux premiers plans financiers de sauvetages après des catastrophes par ouragans ou typhons.
Avec le deuxième espace maritime du monde, et des ROM-COM, la France est une puissance aux multiples insularités qui s’ignore. Et qui ignore par conséquent les besoins réels de son outre mer. L’idée de candidater notre outre mer à l’AOSIS et de mettre notre diplomatie au service des préoccupations insulaires et des menaces pour les peuples et les économies, vient corriger ce déséquilibre. A l’heure où la Nouvelle Calédonie et Tahiti sont tentés par l’indépendance, il est temps d’apporter d’autres réponses que celles de Bruxelles.
En 2017, la France Insoumise avait proposé l’intégration de la France dans l’ALBA, une alliance socialiste d’Amérique Latine oeuvrant pour des coopérations alternatives aux autres alliances régionales. Même si l’idée est boiteuse de part les partenariats (Russie, Chine, Syrie), autant que part la construction de la délibération interne, l’idée de pénétrer la France dans des alliances ultra marines pour en faire bénéficier et les ROM COM et enrichir les coopérations de bon voisinage au niveau local sont une nécessité pour la France du 21eme siècle.
Au sein de l’AOSIS, LA Réunion, Mayotte, la Guyane, la Guadeloupe ou Nouméa retrouvent leurs voisins au sein du même espace de délibération et de décision (Maurice, Comores, Guyana, Cuba, Sainte Lucie, République Dominicaine).
Essentiellement impliqué sur le volet des négociations climatiques, en particulier la montée des eaux, l’AOSIS est un espace de discussion économique, de décision pour les normes internationales liées à la mer et la pêche. Mais surtout la France a besoin de dépasser le cadre des accords bilatéraux pour contenir les vulnérabilités de son outre mer face aux problématiques de l’accès à l’eau et à l’énergie. Il y a l’opportunité pour définir en collectif des programmes, voire des protocoles de sauvetage ou de créer des équipes internationales de soutien en cas de catastrophe (cf. Le dernier drame à Mayotte).
En échange de son intégration, la France peut apporter à l’AOSIS deux atouts. D’abord ses instruments et ses équipes scienfitiques maritimes, qui forment déjà des collaborateurs dans le cadre de partenariats bilateraux (exemple des Mauriciens, Malgaches avec l’Ifremer) ==> à généraliser dans l’AOSIS.
Ensuite la France devient une porte d’entrée pour représenter les intérêts de l’AOSIS dans les instance européennes, ainsi qu’au conseil de sécurité ONU.
L’intégration des ROM COM à l’AOSIS pourrait être l’opportunité pour porter collectivement un projet de régulation et de délimitation sur les fonds marins à l’ONU et à l’OMC.
La Mer est l’une des issues économiques de la France au 21eme siècle. Mais il ne suffira pas de dompter l’espace maritime, il sera affaire de coopération, à l’heure nos territoires ultramarins n’ont jamais été aussi menacés économiquement et climatiquement.
Damien Lambert