LE BESOIN D’AUTORITE EN QUESTION
Ayant écouté pendant 41 ans ( 1970 à 2011 ), le discours de dizaines de milliers de jeunes en Collèges et Lycées, contrariés dans leurs désirs d’avenir, je crois pouvoir dire qu’avant de se demander d’où vient le besoin d’autorité , il convient de s’interroger sur ce qui parait le remettre en question.
Il me semble que l’organisation de notre système éducatif, notamment en ce qui concerne les procédures d’Orientation en fin de Collège, entretient une confusion de rôles pour les enseignants : L’autorité légitime que leur confère leurs connaissances et leur pédagogie est polluée par le pouvoir de décider de l’avenir d’un jeune sur la base de ses notes scolaires. Comme le pouvoir de décision ne peut être contesté que par des recours quasi juridiques ( commission d’appel ou tribunal administratif ), le ressentiment se déporte et se concentre sur la pratique de l’enseignant, dans sa fonction de transmission. Je crois que, tant que l’État maintient son pouvoir de décider de l’avenir de nombreux jeunes, essentiellement de milieux modestes ou culturellement éloignés des codes éducatifs standards, les conditions de la contestation de l’autorité des enseignants perdureront . Ce n’est pas pour demain, puisqu’une enquête récente sur l’Orientation maintient la confusion et l’ambiguïté : Elle s’appuie sur la loi de 2018 affirmant pour chacun « la liberté de choisir son avenir professionnel », tout en rappelant que c’est « l’État qui prend les décisions d’orientations » ! Une liberté sous contrainte de fait …
Il ne faut pas croire qu’une telle confusion ne laisse pas de traces chez les adultes qui l’auront subi à travers des orientations non désirées : Paradoxalement et suivant des mécanismes psychiques souvent inconscients, les victimes d’une autorité sourde et aveugle ayant dénié leur aspiration à prendre en main leur avenir, vont réclamer « plus d’autorité » et un pouvoir fort, proche d’une dictature …C’est une « boucle victimaire » suivant la juste description du criminologue Jean Pierre Bagur.
Le « besoin d’autorité » repose, de fait, sur l’intériorisation d’un sentiment personnel de rejet et d’exclusion, entraînant un déni de toute forme d’émancipation et une défiance massive envers « l ‘autre différent », quelles que soient ses différences..
C’est le mécanisme du fascisme qui est ici à l’œuvre….Ceci étant, il n’est pas question, en Démocratie, de s’interdire le respect d’un cadre et de règles permettant de faire société autour des valeurs de « Liberté, d’Égalité et de Fraternité » … Il faudrait simplement que ces valeurs s’appliquent effectivement dés l’école, puis dans le monde du travail, en se concrétisant par une « égalité des droits et des devoirs » et par une reconnaissance du caractère fragile et précieux de chaque existence humaine, indissociable de la préservation de l’ensemble du vivant non humain : Autant de préoccupations très éloignées, il me semble, du « besoin d’autorité ».
Avignon le 28 Février 2025
Jean-marie Quairel
Directeur honoraire de CIO
Jean-marie Quairel