État des lieux :
Depuis plusieurs années, les difficultés de financement des universités reviennent dans la presse avec année après année les mêmes conséquences : fermeture de filières, heures supplémentaires des enseignants-chercheurs, recrutement de vacataires et/ou de contractuels. Finalement, les premières victimes sont les étudiants et les personnels de l’enseignement supérieur forcés d’étudier et de travailler toujours dans des conditions plus mauvaises. Si nous jetons un regard d’historien sur les décennies précédentes, il nous semble que ces difficultés ont toujours existé et que de tout temps les universités se sont plaints de leurs budgets. Or, depuis une trentaine d’année la situation a changé. En effet, l’État n’a pas toujours fait le choix d’assumer un tel traitement inégalitaire des universités. Si nous retrouvons cette idée à la fin du XIXe siècle avec une volonté de restreindre le nombre d’universités – idée qui a été finalement abandonnée-les années 1960/1970 montrent un exemple d’un traitement plus égalitaire des établissements avec une volonté d’universités à taille humaine.
Le changement qui s’est opéré depuis les années 1990 (renforcé par les lois qui ont suivis) est plus important qu’il n’y paraît. Avec la contractualisation (cf travaux de Christine Musselin) puis la multiplication des appels à projets, l’État acte la fin d’un traitement égalitaire des universités. Sous une apparence d’autonomie, c’est, en réalité, l’État qui impose ses objectifs tout en réduisant son financement. Les appels à projets sous forme Idex (cf thèse d’Audrey Harroche) permettent à l’État de financer une minorité d’universités jugées « excellentes » au détriment des autres. Ce modèle se renforce avec les appels à projets (Opération Campus par exemple). De plus, en fixant les objectifs des appels à projets et les critères pour pouvoir obtenir l’argent, l’État oblige les universités à suivre le modèle souhaité (regroupements, choix des priorités de recherche, taille des laboratoires financés, etc.) Cela ne fait que renforcer un système d’universités à deux vitesses en étant nuisible au bien-être et aux conditions de travail des membres de l’université, personnels comme enseignants-chercheurs. Tout ceci s’inscrit dans une logique performative, économique voire capitalistique qui renforce ce système à deux vitesses.
Propositions :
– Garantir un financement pérenne des universités leur permettant d’assurer l’ensemble de leurs missions en tant que service public.
– Défendre un modèle d’université accessible à toutes et tous et donner les moyens pour cela.
– Diversifier les appels à projets afin de garantir un accès (et un succès) à des établissements divers (université avec de nombreux laboratoires de recherche, petites universités, etc.) et s’assurer qu’ils viennent en complément (et non en remplacement) d’un budget pérenne et suffisant.
– Stopper la politique mortifère qui ne vise qu’à regarder la réussite via le classement de Shanghaï en se donnant de véritables critères d’évaluation qualitatifs, variés et prenant en compte toutes les missions de l’université (réussite des étudiants, accueil d’étudiants originaire de milieux sociaux variés, vie étudiante, qualité de la recherche, conditions de travail des personnels dans leur diversité, infrastructures, etc.)
– Défendre le modèle universitaire dans ses objectifs et dans son organisation (renforcement de la démocratie interne, libre choix d’orientation, communauté, etc.)
Pauline Collet