Le grand reclassement

En mars 2020, la France applaudissait chaque soir ses soignants et ses agents territoriaux tandis les semaines de confinement ont rendu plus visible la mission des enseignants. Ces héros du quotidien qui ont maintenu le pays debout pendant la crise ont pourtant ensuite été bien vite oubliés : cinq ans plus tard, ces mêmes métiers subissent toujours le gel de leurs salaires, la pénurie du personnel, voire le mépris des décideurs.

Je suis proviseure-adjointe, avec 30 ans d’expérience dans l’éducation nationale. Comme des milliers de cadres A, j’ai vu mon pouvoir d’achat fondre de 20 à 30% depuis 2000, notamment à cause du gel du point d’indice. Comme des milliers de cadres A de ma génération (issue des baby-boomers d’après-guerre), j’ai vu les promesses de la méritocratie devenir un horizon qui demeure toujours aussi lointain malgré les efforts permanents consentis : le CAPES de SES en 1998 (3000 inscrits pour 70 postes), l’agrégation de sciences sociales en 2014 (300 inscrits pour 20 postes) et enfin le concours des personnels de direction en 2023. Malgré cela, je roule en Peugeot 208 et si je ne me sens pas malheureuse, j’ai tout de même la certitude d’avoir été trompée, que les valeurs républicaines que j’ai faites miennes m’ont endormie pendant que d’autres s’en sont servis pour justifier l’injustifiable. Aujourd’hui, c’est assez ! Le déclassement que je vis n’est pas en sentiment, il est désormais un fait parfaitement documenté.

Ma proposition : Le Grand Reclassement !

Un plan ambitieux pour rétablir la justice salariale et soutenir les économies locale et nationale, via un panier de compensation intégrale. Il s’agirait de rendre aux fonctionnaires et autres catégories assujetties à des rémunérations fixées par l’État (professions libérales conventionnées) le pouvoir d’achat perdu sous forme de biens et services ciblés (chèques République, non imposables). Il s’agirait de rendre aux serviteurs de l’Etat le statut qu’ils ont perdu. Un fonctionnaire qui gagne 3000€ devrait en gagner entre 3600 et 4000. Un agent public qui gagne 2000€ devrait toucher entre 2400 et 2600€, etc. Et les cadres A et A+ sont ceux qui ont le plus perdu, qui ont subi le déclassement le plus net.

Exemple concret : mon cas, catégorie A+.

• Aujourd’hui, je roule en 208 HDI en LOA pour 225€/mois plus un entretien imposé à 300 à 500€/an.

• Avec le Grand Reclassement, un panier de compensation intégrale :

o Un chèque automobile de 400€ par mois (par exemple Peugeot 3008 électrique – 25000 kms/an) et sa borne installée au domicile,

o Chèque énergie de 100€ (notamment pour la recharge du véhicule)

o Chèques équipement (textile / électroménager / numérique, etc. français): 100€

o Chèques vacances :100€ (Structure existe déjà – ANCV)

o Chèques restaurant: 50€/mois (structure existe déjà)

o Chèques AMAP: 75€

TOTAL: 825€ (soit 25% du traitement actuel).

Avantages : justice sociale / transition écologique / réindustrialisation.

Points de vigilance : réglementer les prix pour éviter l’effet inflationniste de telles mesures (automobile / NRJ / produits industriels nationaux / produits locaux).

La même logique peut être appliquée à un agent de catégorie C: 400€ de chèques…

Le financement d’une telle mesure peut reposer sur différentes sources:

– Retour de l’ISF.

– Nouveau barème d’imposition sur le revenu pour revenir sur la concentration extrême du capital à l’oeuvre actuellement.

– Nouvelles règles concernant la distribution de dividendes pour améliorer la répartition des richesses créées.

Une telle mesure constituerait une vraie mesure de justice sociale susceptible d’exercer un effet de relance sur l’économie nationale et d’accélérateur de la transition écologique .