Le socialisme de l’espérance, nos libertés renforcées

NOS LIBERTÉS RENFORCÉES 9 propositions

Hannah Arendt « La liberté est liée à l’action collective »

Liberté responsable

La question de la compatibilité entre écologie et liberté est au cœur de l’écologie politique et de l’écologie sociale. Elles placent l’être humain au centre de leurs préoccupations, elles ne limitent pas la problématique écologique à une simple gestion des flux de matière et d’énergie.

La liberté telle quelle est vécue dans nos sociétés libérales, interprète toute contrainte extérieure imposée à l’action de l’individu comme une restriction de liberté, ce qui semble la rendre incompatible avec le respect des limites écologiques.

Cela nous oblige à réinterroger le capitalisme actuel dont la logique du « laisser faire » requiert une production indéfinie d’objets nouveaux créant des désirs nouveaux, soit le « gaspillage maximum».

Les effets du dérèglement climatique entrent en tension avec ce qui nous est le plus cher, la possibilité de jouir d’une liberté absolue, inconditionnée. La crise climatique nous contraint donc à revoir le sens que l’on donne à la liberté lorsque ses conséquences écologiques et économiques mettent en suspens sa perpétuation.

En écologie politique, l’existence de limites est la condition de l’autonomie des individus, de la préservation de leur liberté et non un obstacle à celles-ci.

C’est une révolution de nature éthique qui se profile, en rendant concrètement indissociable la liberté individuelle et la responsabilité environnementale.

Ivan Illich philosophe « La fonction première de la limite est de permettre un niveau choisi d’autonomie, ce qui permet dans le même temps, comme une sorte de quo-bénéfice, de résoudre le problème de la finitude des ressources ».

Pierre Charbonnier philosophe politique et de l’environnement« Les sens que nous donnons à la liberté, les moyens qui ont été employés pour l’instituer et la préserver ne sont pas des constructions abstraites ou purement discursives, mais les produits d’une histoire matérielle dans laquelle les sols et les sous-sols, les machines, les propriétés du vivant ont fourni des leviers d’action décisifs. … le changement climatique et le bouleversement des dynamiques écot-évolutives ne sont donc pas des crises de la nature, mais des évènements qui imposent une redéfinition du projet d’autonomie. »

Concernant les relations entre écologie et liberté, il est impératif d’alerter sur le danger inhérent à deux attitudes opposées et réductrices :

La persistance dans le productivisme et le capitalisme de croissance.

Le report exclusif de l’effort de gestion sur la seule préservation de la nature et de ses ressources.

Ces dérives sont potentiellement aussi dangereuses l’une que l’autre pour la liberté humaine. Elles ne peuvent être maîtrisées que par une réflexion et une action profondes sur l’organisation politique et économique de nos sociétés, afin d’éviter que ces processus ne mettent en péril les fondements mêmes de cette liberté.

libertés publiques

Notre début de millénaire est marqué par une tendance mondiale persistante et alarmante : le recul démocratique au profit de régimes populistes et autocratiques. Cette dérive est alimentée par une combinaison explosive de crises économiques, de tensions sociales et géopolitiques, de la dépendance technologique, et d’une anxiété généralisée face aux défis mondiaux et écologiques.

En 2024, près de 72 % de la population mondiale vit sous des régimes autocratiques, un niveau jamais atteint depuis 1978. La liberté mondiale est en déclin pour la 19e année consécutive.

Le premier objectif des régimes autoritaires est de miner l’État de droit et le primat de la démocratie. L’Exécutif s’affranchit des règles et de la Constitution pour concentrer le pouvoir, au détriment des instances délibératives, de l’indépendance de la justice, et des libertés fondamentales (expression, presse, intégrité électorale).

À un degré moindre, la France n’est pas épargnée par cette dérive, caractérisée par l’installation progressive d’un régime libéral autoritaire qui vide la démocratie de sa substance tout en en conservant les formes.

Les mesures d’exception adoptées après les états d’urgence (2005, 2015) sont désormais intégrées au droit commun. Les lois sur la « Sécurité globale » et le « séparatisme » ont élargi les pouvoirs de surveillance étatique (drones, caméras « intelligentes »).

Le droit d’opposition est affaibli par l’usage disproportionné de la force et la pénalisation des mobilisations (écologistes, sociales). La restriction des libertés s’illustre par la multiplication des dissolutions administratives d’associations ou de collectifs (antiracistes, écologiques), ainsi que par l’utilisation du Contrat d’Engagement Républicain (CER) pour couper les subventions et exercer une répression politique ciblée.

Le « bloc central » a cherché sa survie politique par des alliances de circonstance avec l’extrême-droite (RN), notamment lors du vote de la loi immigration 2023-2024 et l’élection de vice-présidents RN à l’Assemblée nationale.

Amnesty International France « L’impératif sécuritaire semble avoir pris le dessus sur la protection des libertés, qui sont trop souvent restreintes au nom du besoin de sécurité… Si nous ne sommes pas encore au point de bascule, chacune de ces atteintes nous en rapproche et contribue à un État de droit « dégradé », affaibli, en danger. »

Ces reculs sont le résultat d’un calcul d’une politique libérale autoritaire qui, en criminalisant les luttes sociales et environnementales, évite le débat sur leur légitimité. Cette banalisation des procédures exceptionnelles installe un régime qui conserve les formes de la démocratie mais la vide de sa substance.

Tolérer ces atteintes (droit d’asile, liberté associative, droit de manifester) menace à terme l’exercice des libertés fondamentales de l’ensemble des citoyennes, et pas seulement des groupes déjà ciblés.

Les institutions de la Ve République et les lois d’exception votées ces dernières années donneraient au Rassemblement National, s’il devait accéder au pouvoir, de nombreux outils pour bousculer la démocratie et étouffer les libertés.

Ce rapide inventaire des atteintes aux libertés, pour alerter que l’affaiblissement démocratique, quelque soit sa forme, qu’elle soit populiste, autocratique, techno-libertarienne ou fasciste éloigne la possibilité de mettre en place démocratiquement les mesures cruciales qui nous permettraient d’amortir les effets du dérèglement climatique et de continuer à rendre notre planète habitable par les humains.

La société civile doit absolument prendre conscience du lien explicite entre défense de la démocratie et défense de l’environnement.

Dans cet enjeu civilisationnel, il n’y aura pas d’avenir écologique sans réelle démocratie, sans que soient respectés et consolidés les droits de l’homme, l’universalisme, la défense des libertés et la justice sociale.

Chantal Delsol philosophe : « En sacralisant la liberté individuelle sans responsabilité, l’individualisme occidental a délié et désorienté nos sociétés. C’est dans les limites qu’impose l’universel au particulier que peut s’épanouir notre liberté. Elle doit s’enraciner. »

Il n’y aura pas de projet écologique si nous n’avons pas la capacité d’intégrer chaque citoyen.ne.s dans sa mise en œuvre, pour engager collectivement la grande transformation de notre pacte social, du modèle économique et de notre rapport au vivant.

Défendre les libertés publiques

proposition Abroger le contrat d’engagement républicain liberticide pour les associations

proposition Abroger les dispositions liberticides des lois sécurité globale, séparatisme, et les lois qui instaurent un état d’urgence permanent et portent atteinte à nos libertés individuelles et collectives, et réviser la loi et la doctrine sur l’ouverture du feu pour que cessent les morts pour refus d’obtempérer

proposition Interdire la reconnaissance faciale et évaluer de manière indépendante les dispositifs de vidéosurveillance en lien avec le défenseur des droits

proposition Défendre et renforcer les libertés syndicales et associatives et en finir avec leur répression

proposition Interdire l’usage policier des drones équipés de caméras.

Proposition Renforcer le statut juridique de lanceur d’alerte et de désobéissance civile en instaurant un mécanisme spécifique pour protéger les associations (et les lanceurs d’alerte) contre les les procédures judiciaires abusives.

proposition Réforme de la loi du 30 juillet 2018 sur le secret des affaires, contraire au droit à la liberté de la presse et à la liberté d’information telle que proclamée dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.

proposition Renforcer le respect du droit à l’information, à la participation et à l’accès à la justice en matière d’environnement (Convention d’Aarhus). Avec l’obligation d’une consultation publique plus précoce et plus significative pour les projets ayant un impact important, permettant aux associations de faire valoir leurs arguments avant que les décisions ne soient figées.

Statut des « Experts Associatifs » :

proposition Proposer une loi pour donner un statut juridique plus solide aux associations consultées dans les instances nationales et régionales (comme le Conseil national de la transition écologique), garantissant leur indépendance et leur financement pour effectuer des contre-expertises.

Cosignataires : Jean Chrétien, Isabelle Moulin, Jean Philippe Milet, Emma Rubio, Jean Frédéric Samie, militant.e.s section vallée du Sausseron.

Jean Chrétien