LE SOCIALISME DE L’ESPÉRANCE
Un autre récit
Les grands récits politiques d’après-guerre – qu’ils soient conservateurs ou sociaux démocrates – s’épuisent. Ils reposaient tous deux sur un socle commun : l’idée que le progrès, la prospérité et l’émancipation passaient nécessairement par la croissance, la production et la consommation de biens et de services.
Ces cinquante dernières années, le capitalisme néolibéral financiarisé et globalisé a privé les États-Nations d’une grande partie de leur souveraineté. Ce faisant, il a contribué à affaiblir considérablement la capacité de mobilisation et la crédibilité des anciens récits politiques.
Pire, en s’employant à sécuriser les conditions de l’accumulation du capital, les États ont engendré un monde devenu de plus en plus ingouvernable par les seuls leviers libéraux.
Pendant ce temps, la science multipliait les rapports alarmants sur les conséquences de notre modèle extractiviste et productiviste. L’écologie politique, en pointant cet « impensé » des récits conservateurs et socialistes, a révélé leur faille existentielle.
Le monde vers lequel nous entraînent ces anciens récits est désormais une dystopie : la planète deviendra inhabitable si le rythme du progrès qu’ils professent est maintenu.
Le dérèglement climatique, l’effondrement de la biodiversité et le franchissement des limites planétaires vont bouleverser notre monde dans des proportions inédites. L’urgence est absolue : il est impératif de réécrire un récit politique novateur et mobilisateur, plaçant au cœur de son projet les femmes, les hommes et la Nature dont dépend notre survie.
Roger Martelli historien « … ce qui importe à gauche est qu’elle soit elle-même, qu’elle ne se contente pas d’attiser la colère, mais de nourrir de nouvelles espérances, qu’elle mobilise et qu’elle rassure en même temps, qu’elle parle au cœur et à l’esprit, qu’elle ajoute des forces et pas qu’elle en retranche ».
Tout l’univers du consumérisme est associé à la légèreté.
Le mode de vie occidental, centré sur l’individualisme et hypercentralisation, se généralise désormais dans les pays émergents. Cette « société d’abondance », bien que largement critiquable, exerce un pouvoir d’attraction redoutable et addictif.
Gilles Lipovetsky « Les gadgets, le fun , les smartphones, les jeux, les parcs de loisirs, les vacances, le zapping : c’est là un univers d’hédonisme, de frivolité, de divertissement, aux antipodes du lourd ».
La consommation, en exaltant l’idéal du bonheur privé, est souvent utilisée comme une échappatoire ou une manière d’alléger le poids d’un présent saturé de pressions excessives.
Un nouveau récit doit impérativement prendre en compte cette perte de « légèreté » en proposant un contre-modèle : celui qui s’appuie sur l’idée du bonheur, l’espoir d’un monde juste et harmonieux, et qui redonne toute sa place à la « beauté ». Telle est la nécessité absolue et le préalable ambitieux de toute proposition sociale et écologique durable.
Le grand récit politique de l’écologie n’existe pas
Le « grand récit » de la crise climatique est, pour l’heure, celui du GIEC : il est purement scientifique, et non politique.
L’écologie politique doit dépasser ce discours restrictif, souvent centré sur la simple réparation ou l’adaptation aux conséquences. Cette narration restrictive est démobilisatrice et ne parvient pas à convaincre une large majorité de citoyen·ne·s.
Pierre Charbonnier philosophe de l’environnement « Sortir des forçages écologiques et décarboner l’économie implique une redéfinition totale de ce qu’est la société, un réarrangement des rapports de domination et d’exploitation et une requalification des attentes de justice. En d’autres termes, c’est l’organisation démocratique et les aspirations qui la soutiennent qu’il s’agit de décarboner-et pas seulement l’économie ».
Pierre Rabhi paysan, écrivain et penseur « Nous voyons qu’à condition d’être dans la pleine lucidité sur les grands basculements dans lesquels nous sommes déjà entrés, nous pouvons aussi identifier un chemin vers le meilleur, celui de la pleine humanité qui nous renvoie donc bien à la question du bien-vivre ».
Le socialisme de l’espérance
Le grand récit écologique se construira majoritairement sur les valeurs originelles du récit humaniste et socialiste. Des valeurs connues, dont la force reste intacte :
La liberté comme socle
L’égalité comme boussole
La fraternité comme manière d’être ensemble
Même si comme le dit Michaël Hessel « …ces valeurs républicaines partagées au-delà du cercle
des socialistes, ne donnent plus le sens de l’action politique ».
La révolution écologique a le pouvoir – et le devoir – de redonner sens à ces valeurs et, par là même, à l’action politique. Elle doit nous permettre de bâtir une interaction pacifiée entre l’humanité et la nature.
Jean Zin philosophe militant écologiste « L’enjeu politique, c’est bien la liberté, la solidarité, la justice, la raison… Il ne s’agit pas de revenir en arrière, ni de foncer tête baissée dans une course en avant, mais de prendre en main notre destin et tenter de se préserver des risques que nous avons nous-mêmes provoqués, afin de continuer l’aventure humaine et l’histoire de l’émancipation… ».
Cosignataires : Jean Chrétien, Isabelle Moulin, Jean Philippe Milet, Emma Rubio, Jean Frédéric Samie, militant.e.s section vallée du Sausseron.
Jean Chrétien