NON aux maisons de santé, OUI aux centres de santé

La diversité des modèles de soins rend l’offre de santé confuse pour les citoyens. De nombreuses municipalités favorisent le déploiement des maisons de santé. Nous pourrions penser que c’est une bonne chose : un lieu où plusieurs professionnels de spécialités différentes se retrouvent. Mais ce modèle est encore une fois une fausse bonne idée.

Une maison/pôle de santé pluri professionnelle est constituée de professions libérales, sans réelles contraintes. Les maisons de santé doivent élaborer un projet de santé coordonné et signer un contrat avec l’ARS pour pouvoir bénéficier d’un soutien financier. Certaines communes proposent même de leur fournir les locaux gratuitement ! Malgré des aides publiques et un cadre censé garantir la coordination, les maisons de santé restent libres dans leur fonctionnement. Résultat : des structures financées par nos impôts peuvent regrouper des praticiens en secteur 2, avec dépassements d’honoraires… Un modèle sans contrôle, qui entretient les inégalités… aux frais du contribuable.

À l’inverse de ces modèles, les centres de santé ont été développés pour pallier l’absence ou la pénurie d’offre de soins de la médecine libérale. Ce sont des structures sanitaires de proximité, qui pratiquent à la fois des activités de prévention, de diagnostic et de soins. Organisés autour de professionnels salariés, ils respectent des missions et des obligations définies et sont rattachés à la fonction publique territoriale. L’implantation d’un centre repose sur une évaluation des besoins locaux et un dossier solide.

Des structures comme la Fabrique des Centres de Santé accompagnent les communes dans leur création. Si le processus est respecté, les pouvoirs publics ne peuvent s’y opposer !

Mais pour décourager les municipalités, il est dit qu’un centre a un coût important. Pourtant, actuellement, pour installer un médecin libéral, une commune prend en charge le local, parfois la secrétaire et le logement. Donc, plutôt que de favoriser le libéral, il faut développer des petits centres de santé. Selon l’Institut Jean-François Rey, qui soutient la recherche en soins primaires, la prise en charge d’une personne dans un centre de santé coûte moins cher à la sécurité sociale que par la médecine libérale !

L’avantage supplémentaire de ces centres de santé, c’est qu’ils ont une organisation structurée, avec une fédération nationale reconnue et un organisme de formation, permettant aux professionnels de bénéficier d’une formation continue tout au long de leur carrière.

Beaucoup pensent qu’une maison de santé garantit une offre de soins accessible, mais c’est une illusion. Ces structures n’empêchent ni le secteur 2 ni les dépassements d’honoraires, excluant une partie de la population. Leur développement, bien plus rapide que celui des centres, révèle un manque d’ambition politique pour une santé réellement accessible à tous. Si les maisons de santé sont largement encouragées, c’est aussi parce qu’elles s’inscrivent dans le modèle libéral dominant.

Or, ce modèle montre ses limites : beaucoup de médecins exercent en secteur 2, pratiquent des dépassements d’honoraires et refusent le tiers payant, rendant l’accès aux soins inégalitaire. Leur liberté totale d’installation, malgré une formation financée par l’État, renforce les déséquilibres territoriaux. Résultat : un système soutenu par des fonds publics… mais qui creuse les inégalités.

Il convient donc d’affirmer des positions claires : Favoriser le développement des centres de santé avec l’appui des organisations. Augmenter le nombre d’étudiants en santé, réformer le modèle d’étude et le numerus apertus. Augmenter l’embauche de professionnels de santé salariés et revaloriser leur statut. Réguler ou même supprimer le secteur 2 et les dépassements d’honoraires. Généraliser le tiers payant pour remplacer le paiement à l’acte. Encadrer l’installation des médecins à l’échelle du territoire.

Une politique publique et locale pour la santé est possible ! Favoriser le regroupement de professionnels de santé est une bonne initiative, mais il faut rester vigilant sur le type de structure mise en place. En tant que socialistes, nous devons défendre prioritairement les centres de santé municipaux ou intercommunaux, seule réponse cohérente à l’urgence d’un accès équitable aux soins pour toutes et tous.

Pierre Fernandes Da Costa