Post-quantique : anticiper la rupture pour protéger les citoyens

Les ordinateurs quantiques rendront vulnérables les systèmes de chiffrement actuels, exposant données publiques et infrastructures. Les collectivités, sans cadre ni moyens, sont particulièrement à risque. La proposition appelle à une préparation nationale et européenne : plan de migration, obligations post-quantiques dans les marchés publics, soutien à une filière souveraine et intégration du sujet dans les normes européennes, afin de garantir une protection durable des citoyens et des services

Article complet publié sur le site du PS92 le 20/10/2025 : https://partisocialiste92.fr/2025/10/20/post-quantique-anticiper-la-rupture-pour-proteger-les-citoyens/

Les ordinateurs quantiques ne sont pas encore là, mais leur arrivée va bouleverser tout ce que nous connaissons en matière de sécurité numérique. Ces machines, bien plus puissantes que nos ordinateurs actuels, pourront résoudre en quelques secondes des calculs qui prendraient aujourd’hui des milliers d’années. Pour y faire face, un domaine émerge sans grand bruit depuis plusieurs années : la cryptographie post-quantique, c’est-à-dire des méthodes de protection capables de résister à cette puissance nouvelle.

Le 16 octobre, l’Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI) a annoncé la délivrance des premiers visas de sécurité intégrant de la cryptographie post-quantique. Ce pas en avant est à saluer, mais il doit surtout nous alerter : la révolution quantique n’est plus une perspective lointaine, elle devient une réalité à anticiper. Les ordinateurs quantiques, lorsqu’ils seront opérationnels, pourront casser les algorithmes de chiffrement qui protègent aujourd’hui nos données, nos infrastructures, nos services publics.

Déjà, certains acteurs malveillants collectent des données chiffrées aujourd’hui pour les déchiffrer demain, lorsque la puissance quantique le permettra. C’est ce qu’on appelle la stratégie du “harvest now, decrypt later”. Autrement dit, la menace est présente dès maintenant : tout ce qui est stocké aujourd’hui avec des moyens de chiffrement classiques pourrait être compromis dans quelques années.

Ce défi n’est pas qu’une affaire de chercheurs ou d’experts en cybersécurité. Il engage directement la sécurité des citoyens, la souveraineté de nos institutions et la justice sociale. Car si la cryptographie actuelle devenait obsolète, les données personnelles, les dossiers médicaux, les archives municipales ou encore les infrastructures urbaines connectées deviendraient vulnérables. Et, comme souvent, les collectivités les moins dotées seraient les plus exposées, faute de moyens pour se protéger. La question est aussi européenne : si nous dépendons de technologies étrangères pour sécuriser nos communications à l’ère quantique, notre souveraineté numérique sera fragilisée.

L’État, via France 2030 et l’ANSSI, a amorcé un mouvement. Des appels à projets existent, des visas de sécurité émergent, des normes sont en préparation. Mais l’action publique reste cantonnée à la recherche et à quelques opérateurs critiques. Rien, aujourd’hui, n’impose aux collectivités locales d’auditer leurs systèmes, de planifier leur migration ou d’intégrer la cryptographie post-quantique à leurs politiques numériques. Aucune réglementation européenne n’impose encore ce virage. Les communes, départements et régions sont donc laissés en première ligne, sans feuille de route ni moyens dédiés. C’est cette inaction silencieuse qu’il faut désormais briser.

Au niveau national

– Définir une feuille de route claire de migration pour les administrations publiques.

– Introduire une clause post-quantique dans les marchés publics et les réglementations de cybersécurité.

– Soutenir la filière française de cryptographie via France 2030 et des partenariats public-privé.

Au niveau européen

– Renforcer le rôle de l’ENISA (Agence européenne pour la cybersécurité) dans la standardisation de la cryptographie post-quantique.

Inscrire la cryptographie post-quantique dans les réglementations NIS2 et DORA.

– Promouvoir une infrastructure européenne de chiffrement résiliente au quantique : cloud souverain, identité numérique, services publics sécurisés.

Protéger les données publiques et les citoyens n’est pas une option technique, c’est une exigence républicaine. Anticiper la révolution post-quantique, c’est refuser de laisser les communes démunies face à un changement majeur déjà amorcé. En 2026, nos programmes municipaux doivent affirmer que la sécurité numérique est un droit. La résilience post-quantique, un devoir.

Sébastien Girardot