Pour une durée de cotisation en fonction des revenus.

Une réforme des retraites est politiquement indispensable. Elle ne doit pas se limiter à un ajustement budgétaire mais redéfinir un régime universel basé sur la durée de cotisation en abandonnant les mesures d’âge.

La durée de cotisation doit dépendre des revenus. Ceux qui ont les revenus les plus bas doivent pouvoir partir plus tôt que ceux ayant des revenus élevés. L’espérance de vie augmente avec les revenus, se baser dessus permet donc de s’approcher d’une durée de retraite équivalente pour toutes et tous.

Les précédentes réformes ont été paramétriques et présentées avec un objectif principal : sauver le système de retraite. C’est une vision peu enthousiasmante.

Si nous admettons que le bateau prend l’eau nous ne devons pas nous contenter de proposer la meilleure rustine, nous devons proposer un nouveau navire.

La dernière réforme en date a été vécue, à raison, comme un déchirement démocratique. La suspension jusqu’en 2027 obtenue par la négociation socialiste est venue apaiser un peu cette douleur. À n’en pas douter, la question des retraites sera un thème majeur des campagnes présidentielle et législatives de 2027.

La question de la part que représentent les retraites dans la dépense publique est intéressante. Néanmoins, elle enferme rapidement le débat dans un face à face entre le camp qui défend de travailler plus longtemps et celui déclarant l’inverse. Pourtant trois leviers permettent de jouer sur les équilibres d’un système par répartition : les cotisations, la durée du travail et le montant des retraites. Faut-il continuer à dépenser 14 points de PIB ? Devons-nous dépenser davantage au vu du vieillissement de notre population ? Devons nous dépenser moins au vu des enjeux majeurs auxquels devra faire face notre jeunesse ? Cette question doit être tranchée mais elle doit être en partie décorrélée de la suivante : quel régime souhaitons-nous ?

Quels doivent être les objectifs d’un nouveau régime de retraite ? Il doit être solidaire, il doit être universel, il doit être juste. Il doit essayer de s’approcher d’un idéal : que toutes et tous aient le même temps de retraite.

La tentation de certains d’introduire une part de capitalisation dans le système est dangereuse. Accepter même marginalement de céder sur ce principe, c’est ouvrir la voie à des élargissements de sa proportion dans le futur. Au gré des ajustements budgétaires incertains des quarante prochaines années, un travailleur ou une travailleuse entrant sur le marché du travail aurait de bonne raison de douter de la part restante de répartition quand viendra l’heure de sa retraite.

La mesure d’âge est particulièrement injuste car elle fait travailler plus longtemps ceux ayant commencé à travailler le plus tôt. Elle doit être tout simplement abandonnée. Seule la durée de cotisation doit être prise en compte. Pour être universelle il faut donc bâtir un régime unique complet à point. Reste à définir le barème de ces points.

Pour guider ce barème il est important de considérer l’espérance de vie. Car si le début de la retraite est bien le sujet de la réforme, la fin elle, n’est pas paramétrable.

Or l’espérance de vie s’accroît de manière constante en fonction des revenus. C’est pourquoi établir un barème de durée de cotisation en fonction des revenus serait juste.

Selon l’INSEE (1) cet écart est de 10.5 ans entre les revenus les plus bas et les plus hauts (13 chez les hommes, 8 chez les femmes). De plus, les professions les moins qualifiées sont les plus pénibles. Selon l’observatoire des inégalités (2), 69% des ouvriers non qualifiés déclarent subir au moins 3 contraintes physiques contre 35% sur l’ensemble des salariés. Mettre les revenus au cœur du nouveau système c’est également y mettre la pénibilité du travail. La satisfaction au travail étant en partie liée à la rémunération (3), il est également logique que les personnes les plus satisfaites de leur travail y restent le plus longtemps.

Le système doit être facilement compréhensible de tous. Le régime actuel connaît une double crise de confiance. Les plus jeunes doutent de pouvoir en profiter et les séniors s’approchant du départ le juge parfois injuste. Bien évidemment, un système juste doit intégrer de multiples paramètres afin de permettre de mieux correspondre aux spécificités des uns des autres. Les critères de pénibilité devront être pris en compte. Les carrières interrompues pour raison de santé, pour élever des enfants ou pour aider un proche en situation de dépendance devront être valorisées. Nos vies ne se résumant pas à un calcul comptable, il en va de même pour nos retraites. Mais l’architecture du système doit être simple, la même pour toutes et tous et paraître juste. Si je pars plus tard c’est que j’ai mieux gagné ma vie.

L’argument d’un système plus avantageux dans le public que dans le privé a longtemps été celui-ci : les salaires y sont plus bas. Cela a peut-être été vrai un temps. Pour certaines professions ça l’est peut-être encore. Mais globalement les salaires se sont tassés, dans le privé comme dans le public. Les régimes spéciaux ont été pour certains réformés. Il en reste tout de même et ils sont vus comme injustes aux yeux de celles et ceux n’en profitant pas. Un régime universel par revenu permettrait de retrouver cette logique mais pour l’ensemble de la population, privé, public, indépendant, etc.

Les jeunes commençant à travailler tôt soit pour se lancer dans la vie active soit pour se payer les études seraient doublement avantagés. D’une part, la notion d’âge légal étant supprimée, cela favorise naturellement les entrées précoce sur le marché du travail. D’autre part, les revenus des jeunes étant les plus faibles, leurs cotisations leur rapporteraient un maximum de points. Pour certains de nos aînés, cela permettrait d’adoucir une situation parfois douloureuse : la baisse du revenu de certains séniors. Si globalement les revenus ont une tendance à augmenter avec l’âge (4), certains et certaines en difficulté sur le marché du travail se retrouvent contraints d’accepter des baisses de salaires. Dans le système proposé, une baisse du revenu permettrait ainsi d’accélérer le départ à la retraite.

En chiffrant la proposition il deviendra possible de choisir l’amplitude de l’écart entre temps de cotisation. Par exemple, si une vie au SMIC nécessite quarante années de cotisation, une carrière au-dessus de 4000 euros peut en nécessiter 45. Seul un travail important de simulation pourrait permettre d’affiner la proposition.

Une telle proposition si elle devait être portée par le Parti Socialiste permettrait de rappeler que la politique ne se résume pas à des arbitrages budgétaires. Dans le programme pour 2027, qu’elle augmente ou qu’elle réduise la dépense publique, une proposition doit rendre le sujet qu’elle traite plus juste. Si des efforts sont nécessaires, alors c’est à celles et ceux qui le peuvent le plus de le fournir. Les revenus ne peuvent être la seule grille de lecture pour une réforme complexe et complète. La question du patrimoine est également à traiter. Les retraités ayant un loyer à payer ont plus besoin de la solidarité que ceux ayant un logement et une résidence secondaire. Mais cet aspect devrait davantage être traité par le volet montant des pensions que sur le volet durée de cotisation. En 2027, chaque parti ira de sa proposition sur les retraites. Pour percer dans le débat public, il est important d’apporter des idées neuves et qui marquent les esprits sur ce sujet.

Sources

1- https://www.insee.fr/fr/statistiques/3319895

2- https://www.inegalites.fr/Travail-penible-ouvriers-et-employes-sont-les-plus-exposes

3- https://www.cfecgc.org/actualites/les-francais-majoritairement-satisfaits-de-leur-vie-professionnelle

4- https://www.insee.fr/fr/statistiques/2416878

Léo Chiriaco