Fort du projet de société qu’il défend, et des valeurs associées, le Parti Socialiste doit répondre aux enjeux liées à l’IA, en élaborant une politique d’ensemble.
Un principe fort doit structurer l’action: il ne s’agit pas de condamner tout ou partie des technologies de l’IA voire de freiner l’innovation mais d’en orienter les usages et de veiller au respect des valeurs qui inspirent notre projet.
Impacts économiques :
Le développement des technologies de l’IA, aujourd’hui fortement concentré au profit de grandes firmes américaines ou chinoises bénéficiant de forts appuis gouvernementaux, crée de fortes dépendances réduisant la capacité des diverses sociétés à choisir leurs propres modèles économiques. On mesure cette dépendance en considérant le poids des géants GAFAM dans les services consommés en France mais aussi au travers de leurs actions soutenues pour réduire toute régulation, toute velléité de taxation.
Face aux enjeux, la réponse doit avant tout se concevoir à l’échelle européenne. De ce point de vue, il faut conjointement pousser le développement de champions européens en choisissant les créneaux ad hoc et adapter le cadre réglementaire posé :
- développement de champions européens: l’UE doit pousser le développement d’entreprises européennes de grandes tailles, à l’instar de ce peut être Airbus dans le domaine aéronautique, et rompre ainsi avec une logique par trop libérale qui interdit les concentrations ;
- les créneaux ad hoc: sans doute faut-il privilégier les applications par domaines de l’IA (les SLM et non les LLM 1), en déterminant les domaines critiques à couvrir ;
- adaptation du cadre réglementaire: la directive sur les services numériques et la directive sur les marchés numériques doivent être pleinement appliqués. L’AI Act 3 par contre devra être décliné de façon opérationnelle pour s’attacher à l’usage des technologies ;
- les services numériques rendus par des entreprises non européennes doivent faire l’objet d’une fiscalité spécifique, pour éviter notamment que les services européens ne soient pas compétitifs auprès des entreprises européennes.
En France, des initiatives doivent être engagées pour pousser l’innovation et sa diffusion dans les entreprises :
- en constituant des pôles d’excellence, regroupant les universités, grandes écoles et laboratoires d’entreprise, travaillant sur des thématiques déterminées visant les usages (par exemple: développement de l’IA pour la prévention sanitaire, …) ;
- en favorisant le développement, à l’appui de ces pôles d’excellence, de viviers d’entreprises (start ups) valorisant les résultats des travaux, par une fiscalité et un financement adaptés ;
- en mettant en place un programme de développement de l’enseignement de l’IA dans les universités et grandes écoles, appuyé notamment sur le recrutement incitatif de spécialistes français ou non, avec des moyens financiers sécurisés.
De même, les entreprises et associations doivent être aidées pour l’intégration des moyens de l’IA. Les leviers seront des incitations financières sous réserve de dispositions d’accompagnement social pour éviter tout impact sur l’emploi, et l’appui de conseillers à recruter au sein du ministère de l’industrie. On doit ici considérer que la diffusion des outils de l’IA est sur le fond inévitable et qu’il convient donc de pousser les outils réalisés en France et en Europe et d’accompagner le mouvement et non pas de le subir et de voir des technologies américaines ou chinoises devenir les technologies exclusives.
Un plan d’ensemble doit être élaboré, sous l’égide d’un Commissariat au Plan renouvelé, pour articuler au mieux les actions européennes (développement de champions, projets de recherche, projets industriels) et les actions nationales. Cette démarche sera alimentée par les travaux d’une « initiative nationale IA » :
- un comité de pilotage animé par le Commissariat, déterminant un plan de travail et assurant la coordination des différents groupes de travail,
- des groupes de travail se saisissant des thématiques relevant du plan de travail défini,
- les groupes sont constitués de représentants de la société civile, d’acteurs du monde de l’IA, d’experts (chercheurs, développeurs …)
Impacts sociaux :
Les impacts sur l’emploi paraissent inévitables et il convient de les anticiper et de préparer en amont les actions de conversion utiles par une politique de formation professionnelle et de reconversion dotée de moyens propres.
Il est proposé, pour financer le dispositif, de mettre en place une fiscalité spécifique appuyée sur l’usage des agents IA pour l’automatisation des tâches conduisant à des réduction d’effectif.
La diffusion des technologies de l’IA offrent des moyens renouvelés pour la production de « fake news », sous forme de textes, d’images et de vidéos (de plus en plus réalistes). Ici aussi une posture d’interdiction s’avérerait peu réaliste tant les moyens de contournement sont performants. De même, un modèle « grande muraille de Chine » ne s’avère pas concevable.
La diffusion de l’IA s’accompagne de forts enjeux de sécurité. En particulier, les progrès réalisés en matière de synthèse vocale et de production de vidéo seront mis à profit pour des usurpations d’identité à des fins délictueuses.
Les actions nécessaires pour répondre aux enjeux comprennent trois volets :
- en amont, créer une plateforme fédérant les initiatives de fact checking (des journaux, associations…) et financer ces initiatives, pour lutter contre la désinformation sous ses diverses formes ;
- pousser la réalisation et l’usage de moyens de sécurité renforcés pour éviter les usurpations d’identité ;
- en aval, appliquer les directives européennes évoquées précédemment, faciliter le dépôt de plainte (évolution de la plateforme Pharos) et renforcer les actions en justice.
L’IA conduit à de profondes ruptures dans les modes d’apprentissage. On constate aujourd’hui la part grandissante prise par l’IA dans la génération de devoirs, mémoires et autres productions dans le contexte scolaire et universitaires, en substitution souvent à un travail des élèves et à son détriment. Il n’y a pas sur le fond de réponse absolue à ce phénomène et interdire l’usage de l’IA ne semble pas possible. De même, revenir à de purs examens oraux pour mesurer les connaissances n’a pas de sens.
L’ »initiative nationale IA » pourra consolider les expériences et porter la réflexion sur ce sujet dans l’objectif de produire des recommandations opérationnelles c’est à dire appuyées sur des outils et ayant fait l’objet d’expérimentation. Il s’agit en toute priorité d’éviter les recommandations générales sans réelle déclinaison opérationnelle.
Les enseignements dispensés à chacun des niveaux des parcours de formation devront comprendre des cycles consacrés à l’IA, sous trois volets essentiels qui s’étofferont à chaque niveau: ce qu’est l’IA, comment l’utiliser, selon quelles modalités.
Impacts écologiques :
Les technologies de l’IA requièrent d’ores et déjà une forte consommation énergétique et consommation en eau, significativement plus importantes, par exemple, que celle induite par l’usage des moteurs de recherche. Leur développement va nécessité la construction de data centers nombreux.
Ici aussi le mouvement est inéluctable et interdire l’installation de data centers conduirait surtout à déporter leur mise en œuvre dans d’autres pays et ainsi, à réduire la capacité d’initiative et la compétitivité nationales.
Trois axes sont proposés :
- favoriser la recherche d’économies de consommation énergétique et d’eau. L’option de privilégier les SLM -directement adaptés aux applications par domaine de l’IA, sur les LLM doit notamment conduire à réduire l’impact. Au-delà, des recherches spécifiques sur la réduction de consommation seront poussées (voir le volet « pôles d’excellence ») ;
- anticiper le déploiement des data centers. Un schéma national sera élaboré (voir le rôle renouvelé du Commissariat au Plan) pour pousser l’implantation des data centers dans des zones à privilégier.
- Inciter fortement à l’économie d’énergie et de matériels par une politique tarifaire adaptée aux data centers. Il s’agit de pousser le recours aux technologies de data centers les moins énergivores.
Impacts en matière de sécurité nationale :
L’IA est d’ores et déjà mis à profit de puissances étrangères hostiles pour déstabiliser les démocraties dont la France. De même, l’IA fournit des moyens essentiels pour compléter la panoplie des armes dont la défense nationale dispose, pour la protection des intérêts nationaux comme pour l’attaque d’acteurs hostiles, dans le cyber espace. Il est dès lors essentiel de renforcer les moyens de la cyber défense et d’assurer une synergie efficace avec les moyens de lutte contre les fake news. Ce renforcement doit passer par une politique dédiée de financement, de formation et de recrutement en lien avec les universités et grandes écoles.
L’approche doit aussi se concevoir en lien avec les partenaires européens proches au sein d’accords militaires, Allemagne, Pologne, pays du Nord de l’Europe, en attente la mise sur pied, encore hypothétique, d’une défense européenne.
Impacts culturels :
Les grands modèles (LLM) actuels s’entraînent en toute priorité sur des données très majoritairement issues du monde anglo saxons et plus encore, américain. Ils comportent ainsi d’importants biais, en ignorant certaines cultures et en privilégiant les représentations sociales américaines.
La prédominance écrasante des grands acteurs américains de l’IA conforte ces biais et diffuse de facto des représentations qui s’imposent et se substituent à la diversité, la richesse culturelle des pays non anglophones.
Des actions fortes devront être entreprises, à l’appui de champions européens (voir plus haut) pour entraîner des LLM sur une assiette intégrant les sources cullturelles les plus variées. L’UNESCO pourrait entre autre devenir un partenaire significatif.