Les violences intrafamiliales prennent de multiples formes : physiques, psychologiques, verbales, sexuelles, économiques ou encore administratives. Elles restent trop souvent invisibles, étouffées par la honte et la culpabilité des victimes, mais aussi par une société qui a mis des décennies à ouvrir les yeux, faute de moyens, de solutions et de volonté politique suffisante.
S’agissant des violences faites aux enfants, la psychanalyste Alice Miller alertait déjà en 1984, dans un ouvrage devenu une référence pour les éducateurs et les pédagogues, sur le fait que « ces violences sont souvent banalisées car socialement acceptées, transmises de génération en génération et justifiées par de prétendues bonnes intentions parentales ».
L’enfant maltraité peut devenir, à l’âge adulte, un parent ou un conjoint violent à travers deux mécanismes bien identifiés : l’identification à l’agresseur et l’association traumatique. Si tous les enfants victimes de violences ne deviennent pas des adultes violents, les études montrent néanmoins que trois personnes violentes sur cinq ont subi des violences durant l’enfance.
Il ne s’agit donc pas uniquement d’intervenir lorsque la violence est déjà installée, mais d’agir en amont. Reconnaître pleinement l’enfant comme une personne à part entière, digne de respect et d’écoute, est une condition essentielle pour rompre le cycle intergénérationnel des violences. Une éducation fondée sur l’empathie, l’expression des émotions, le respect de soi et de l’autre constitue un levier fondamental de prévention.
La prévention des violences familiales repose avant tout sur l’information et la sensibilisation. Il s’agit d’apprendre à repérer les signes de violence, de déconstruire les idées reçues et de promouvoir des relations basées sur le respect, l’égalité et le consentement. L’éducation, dès le plus jeune âge, joue un rôle déterminant dans le développement d’une communication non violente et dans la prévention des comportements abusifs.
Les témoins ont également un rôle essentiel à jouer : rester attentifs, signaler les situations préoccupantes et orienter vers les dispositifs d’aide existants. C’est par la vigilance collective, la solidarité et l’engagement de tous qu’il devient possible de prévenir durablement les violences conjugales et familiales et de construire une société plus juste, plus protectrice et plus humaine.
Alice Miller établit par ailleurs un lien clair entre les violences éducatives et certaines formes de violence sociale ou politique. Elle souligne l’importance de reconnaître la souffrance de l’enfant, de rompre le déni et de permettre l’expression des émotions refoulées. Elle défend une éducation fondée sur le respect, l’empathie et l’écoute, condition indispensable au développement psychique sain de l’enfant et à la prévention des violences à l’âge adulte.
« La prévention des violences familiales est un travail collectif et précoce, centré sur la protection de l’enfant, la responsabilisation des adultes et la construction de relations respectueuses. »
Propositions
• Soutenir pleinement la parentalité : écouter, accompagner les parents et créer des conditions favorables à l’appel à l’aide, notamment par l’ouverture de deux Maisons de la parentalité des 1 000 premiers jours (du 4ᵉ mois de grossesse aux 2 ans de l’enfant) par département.
• Renforcer la Protection Maternelle et Infantile (PMI), aujourd’hui fragilisée, afin qu’elle puisse à nouveau remplir ses missions essentielles de prévention.
• Former les professionnels (intervenants sociaux, enseignants, animateurs de centres sociaux, infirmiers et infirmières à domicile) au repérage des signes de violences ou de repli familial.
• Former à la communication non violente et au respect dès l’école maternelle.
• Créer des temps de parole réguliers dans les collèges, dès la 6ᵉ, afin de lutter contre le harcèlement
• Développer les dispositifs de suivi des auteurs de violences, à l’image des expériences menées à Nantes et à Lille, où les hommes violents condamnés intègrent un parcours d’accompagnement d’un an, avec un taux de récidive limité à 5 %.
• Organiser chaque année, dans chaque classe de primaire et de collège, des séances de sensibilisation aux abus sexuels et aux violences, afin d’apprendre aux enfants à repérer les situations à risque et à se protéger.
• Créer des postes d’infirmiers et infirmières scolaires spécifiquement formés à ces enjeux de prévention et de repérage.
MARIELLE RENGOT