Réforme du crédit d’impôt recherche (CIR) vers un modèle partenarial public-privé ciblé

Réforme du crédit d’impôt recherche (CIR) vers un modèle partenarial public-privé ciblé

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1. Résumé exécutif

Le crédit d’impôt recherche (CIR), d’un coût annuel d’environ 7,5 milliards d’euros, constitue le principal instrument de soutien public à la R&D privée en France. Toutefois, son efficacité fait l’objet de critiques récurrentes : effets d’aubaine, concentration sur les grandes entreprises, difficulté de contrôle.

Cette note propose une réforme structurelle :

– réorienter le CIR vers un modèle exclusivement fondé sur la recherche publique contractuelle, dans lequel seules les dépenses de R&D confiées à des organismes publics seraient éligibles, et uniquement dans des secteurs stratégiques définis par l’État.

Cette réforme vise à :

• renforcer durablement la recherche publique

• améliorer l’efficacité de la dépense publique

• structurer une politique industrielle cohérente

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2. Diagnostic du dispositif actuel

2.1 Un coût élevé pour un impact débattu

• CIR ≈ 7–7,6 Md€ par an

• ≈ 18 000 entreprises bénéficiaires

• forte concentration des montants sur les grandes entreprises

2.2 Limites identifiées

• Effet d’aubaine : financement de dépenses qui auraient eu lieu sans aide

• Faible ciblage sectoriel

• Contrôle complexe des dépenses déclarées

• Impact incertain sur l’innovation de rupture

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3. Proposition de réforme

3.1 Principe

Remplacer le CIR actuel par un dispositif ciblé :

CIR Partenarial Public (CIR-PP)

Éligible uniquement pour des projets de R&D confiés à des organismes publics, dans des domaines stratégiques validés par l’État.

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3.2 Dépenses éligibles

• Contrats de recherche avec :

o universités

o organismes nationaux

o hôpitaux publics

Exclusions :

• R&D interne des entreprises

• prestations privées non publiques

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3.3 Conditions

• Convention de recherche formalisée

• Évaluation ex ante du projet

• Livrables scientifiques vérifiables

• Possibilité de publication ou transfert

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3.4 Taux proposé

• 40 à 50 % des dépenses

• bonus pour :

o PME

o projets collaboratifs

o innovation de rupture

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3.5 Ciblage sectoriel

Liste définie et révisée par l’État (tous les 3 ans) :

• santé / biotechnologies

• transition énergétique

• numérique stratégique

• environnement

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4. Analyse économique

4.1 Effets macroéconomiques attendus

a) Réallocation de la dépense publique

Situation actuelle :

• CIR : ~7,5 Md€ → entreprises

• recherche publique directe : ~17 Md€

Réforme :

• transfert massif vers la recherche publique

– Effet :

• augmentation potentielle de 30 à 40 % des ressources contractuelles publiques

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b) Effet multiplicateur

La recherche publique présente généralement :

• un effet d’entraînement élevé sur l’innovation privée

• une forte production de connaissances diffusables

– Hypothèse :

• multiplicateur supérieur à celui des aides fiscales non ciblées

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c) Impact sur la productivité

Mécanismes attendus :

• amélioration du transfert technologique

• montée en gamme industrielle

• diffusion des innovations

– Effet à moyen terme :

• gains de productivité

• renforcement de la compétitivité

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4.2 Impact sur les entreprises

Effets positifs

• accès facilité à la recherche de haut niveau

• mutualisation des coûts

• réduction du risque technologique

Effets négatifs

• baisse de l’incitation à la R&D interne

• dépendance accrue au secteur public

• adaptation nécessaire des modèles d’innovation

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4.3 Impact sur la recherche publique

Gains

• financement accru et stable

• hausse de l’attractivité académique

• développement des partenariats industriels

Contraintes

• capacité d’absorption limitée à court terme

• nécessité de recruter massivement

• transformation des modes de gestion

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4.4 Impact budgétaire

Court terme

• coût global inchangé (~7,5 Md€)

• coûts de transition (administration, structuration)

Moyen terme

• meilleure traçabilité des fonds

• réduction des inefficacités

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5. Risques et points de vigilance

5.1 Risque de désengagement privé

Certaines entreprises pourraient :

• réduire leur effort de R&D interne

• externaliser de manière opportuniste

5.2 Saturation du système public

• engorgement des laboratoires

• délais de contractualisation

5.3 Complexité administrative

• nécessité de simplifier fortement les procédures

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6. Mesures d’accompagnement

• recrutement de chercheurs et ingénieurs

• simplification des contrats public-privé

• développement des structures de transfert

• gouvernance stratégique nationale

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7. Variante recommandée (approche progressive)

Option pragmatique :

• maintien d’un CIR réduit pour la R&D interne (10–15 %) limité aux PME

• CIR renforcé pour la recherche publique (jusqu’à 50 %)

– Permet :

• transition progressive

• limitation des effets négatifs

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8. Conclusion

La réforme proposée constitue un changement de paradigme :

• passage d’un système fiscal diffus

• à une politique industrielle ciblée et pilotée

– Elle permettrait :

• une meilleure efficacité de la dépense publique

• un renforcement structurel de la recherche publique

• une orientation stratégique de l’innovation

– Condition de réussite :

• capacité de l’État à piloter, simplifier et investir dans le système public de recherche

Pierre DELESTRE