Il est problématique que les revenus issus du capital puissent être taxés à des niveaux souvent inférieurs ou équivalents à ceux du travail. Une réforme progressive de la fiscalité du capital permettrait de réduire la spéculation immobilière, de faciliter l’accès à la propriété et de renforcer la justice fiscale. Un meilleur partage de la valeur au sein des entreprises, liant versement des dividendes et primes collectives, compléterait ce rééquilibrage au bénéfice de l’ensemble de la société.
L’écart de traitement entre les revenus du travail et ceux du capital pose aujourd’hui une question de justice fiscale et sociale. Une part importante des revenus du capital – dividendes, intérêts, plus-values mobilières – est soumise au prélèvement forfaitaire unique de 30 %. Les analyses de France Stratégie et de l’OCDE montrent que, selon les situations, l’imposition totale du capital peut être proche de celle du travail. Elles soulignent néanmoins que la structure actuelle de la fiscalité crée des situations où la rentabilité de la rente, notamment immobilière ou patrimoniale, demeure plus attractive que celle de l’activité productive. Ce déséquilibre influence l’orientation de l’investissement et accentue les difficultés d’accès au logement dans les zones tendues.
Un ajustement progressif de la fiscalité du capital répondrait à un objectif d’équité. En augmentant la taxation sur les revenus patrimoniaux les plus élevés, il serait possible d’atténuer les effets de la spéculation immobilière et d’inciter certains multipropriétaires à céder des biens plutôt qu’à les conserver à des fins purement rentières. Cela contribuerait à fluidifier le marché, à réduire la pression sur les loyers et à favoriser l’accession à la propriété pour les ménages qui en sont aujourd’hui largement exclus. Les recettes supplémentaires pourraient alimenter un programme structuré d’acquisition ou de construction de logements sociaux et intermédiaires, ainsi que financer des travaux de rénovation énergétique, indispensables pour améliorer la qualité du parc existant et réduire les dépenses des ménages.
Ce rééquilibrage peut également intervenir dans la manière dont les entreprises distribuent la valeur qu’elles créent. Instaurer une règle consistant à lier le versement de dividendes à celui de primes collectives pour les salariés permettrait d’établir une cohérence entre rémunération du capital et reconnaissance du travail. Cette approche ne remet pas en cause la rémunération des actionnaires, mais introduit une forme de proportionnalité et de justice dans la répartition des bénéfices.
Pour garantir stabilité et prévisibilité, une telle réforme devrait être conduite de manière progressive, avec un calendrier explicite et une adaptation par paliers. Cette transition limiterait les effets de seuil et assurerait aux acteurs économiques la visibilité nécessaire. En articulant justice fiscale, accès au logement et reconnaissance du travail, cette politique contribuerait à un modèle plus équilibré et plus soutenable pour la société.