Eviter le retour à la loi de la jungle, à la loi du plus fort nécessite de refaire sens commun, de régénérer cette mécanique républicaine fondée sur la tolérance, l’intérêt général et la loi.
1- Renforcer le collectif.
Face à des comportements individualistes voire égoïstes, il devient primordial de renforcer le collectif, le vivre ensemble. De mettre en avant le citoyen par rapport à l’usager titulaire de droits et de créances sur l’État. La République, si elle a vocation a protéger les libertés individuelles, à assurer l’égalité de traitement des citoyens, à corriger des inégalités, a également pour vocation d’incarner l’intérêt général, le bien commun et l’état de droit.
2- Respecter la démocratie.
Les principes démocratiques posés par les articles 4, 5 et 6 de la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 ont été régulièrement bafoués sur la période récente. La Loi n’est que marginalement l’expression de l’intérêt général. Soit qu’elle soit supplanté par le réglementaire, soit qu’elle devienne événementielle. L’égalité dans l’expression de la volonté générale est mise à mal par des lobby médiatiques, le remplacement du vote par des consultations ou des sondages.
Une grande partie du désintérêt pour la politique et la chose publique vient du fait que cette confiance dans l’impartialité de l’appareil d’État disparaît.
3- Rendre la République proche du citoyen.
La dégradation des services publics, les politiques de rentabilité et de privatisation, laissent des pans entiers du territoire sans accès aux services les plus élémentaires. Une politique de numérisation totalement débridée laisse sur le bord du chemin tout une frange de la population en fracture numérique. L’orientation de la police sur des missions de maintien de l’ordre et de répression politique et sociale laisse les rues à la merci de toutes les incivilités et petites délinquances.
4- Revoir en profondeur les priorités budgétaires.
Sous couvert d’optimisation, les finances publiques sont devenues incompréhensibles, facteur d’inégalités et aboutissent à un déficit incontrôlable. La cause principale est d’avoir voulu en faire un instrument de politique économique. Tout est mélangé. Le budget de l’État et des collectivités locales dont la vocation est de faire vivre les services publiques élargis aux communs ; les organismes sociaux, fondés sur la répartition, dont la vocation est de corriger les inégalités ; les organismes publics de financement dont la vocation est de soutenir l’activité économique.
De même qu’il y a séparation des pouvoirs, il devrait y avoir séparation de ses trois formes de gestion avec interdiction pour chacune d’elles d’être en déficit.
5- Refonder la fonction publique.
Cette confusion à laquelle nous sommes confrontés tient en large partie à la confusion des élites qui s’est installée depuis les années 80 entre la fonction publique et le secteur privé. Les méthodes du privé ont été appliquées au secteur public. Les transfuges, dans les deux sens se sont généralisés. Le recrutement des agents publics se fait de moins en moins par voie de concours.
La vocation de la fonction publique, c’est le service publique, c’est l’intérêt général. C’est pour cette raison qu’elle ne peut pas obéir aux mêmes règles que les entreprises.
Marcel DETURCHE