Le socialisme réformiste s’inscrit dans une perspective historique de dépassement progressif du capitalisme par la transformation des institutions économiques. Le projet socialiste repose sur l’idée que l’autonomie politique et sociale du monde du travail exige une base matérielle durable, fondée sur la maîtrise collective du capital productif. Tant que la propriété et le pouvoir de décision demeurent concentrés, la démocratie reste partielle et instable.
Les plans Meidner, élaborés par le parti social-démocrate suédois et supprimés par la droite, proposent une réponse institutionnelle forte à l’iniquité capitaliste. Ils organisent une socialisation graduelle du capital à partir du cœur du système productif. Une part des profits réalisés par les entreprises est convertie en titres de propriété nouvellement émis et versée à des fonds détenus collectivement par les salariés. Ces fonds accumulent progressivement des participations stables dans le capital des entreprises et exercent les droits de vote correspondants. La gouvernance économique s’en trouve durablement transformée, la classe ouvrière et salariée acquérant une capacité structurelle d’intervention sur les orientations productives. Le producteur prend contrôle peu à peu du moyen de production.
Ce mécanisme modifie la dynamique du capitalisme avancé. Les profits deviennent un vecteur d’appropriation collective et d’investissement de long terme. Le capital productif se constitue progressivement comme un patrimoine social, inaliénable et démocratiquement gouverné. Cette transformation réduit les inégalités de patrimoine, sécurise l’emploi et inscrit les décisions économiques dans un horizon compatible avec la transition écologique. La propriété sociale du capital crée ainsi les conditions matérielles d’une démocratie économique effective et de l’autonomie collective de la classe salariée.
Nous proposons donc d’instituer, en France, des fonds salariaux inspirés des plans Meidner, adaptés à l’histoire institutionnelle nationale et à la structure de l’économie. Ces fonds seront organisés à l’échelle des branches et des régions, avec une coordination nationale assurant la cohérence macroéconomique. La contribution portera sur les grandes entreprises bénéficiaires intégrées au marché mondial, afin d’ancrer la socialisation du capital au cœur des secteurs les plus concentrés et les plus rentables, tout en préservant le tissu des petites et moyennes entreprises.
La gouvernance de ces fonds associera les organisations syndicales, des représentants élus des salariés et des institutions publiques, dans une logique de contrôle démocratique et de responsabilité collective. Les dispositifs existants de participation et d’intéressement seront transformés en droits de propriété collective intégrés à ces fonds, orientés vers la constitution d’un patrimoine social durable. L’articulation avec les instruments publics d’investissement de long terme permet d’inscrire cette dynamique dans les stratégies industrielles, territoriales et écologiques.
Les fonds salariaux de type Meidner constituent ainsi un levier central du projet socialiste réformiste en France. En transformant progressivement la structure de la propriété du capital, ils ouvrent une trajectoire post-capitaliste fondée sur l’autonomie des classes laborieuses, la démocratie économique et la justice sociale, dans le cadre des institutions démocratiques existantes.
Grégory Ritrovato