Il s’agit d’instaurer l’obligation de suivre un enseignement de latin au collège et au lycée. Les nombreux bénéfices de l’apprentissage du latin ne sont plus cachés : amélioration du niveau en grammaire, développement de la culture générale (et donc approche plus aisée des textes littéraires français, découverte d’une société si opposée et pourtant si proche de la nôtre, pour ne citer que ces trois arguments.
Loin d’être un enseignement élitiste (celleux qui l’affirment encore sont coincé.e.s au début du XXe), le latin s’est largement démocratisé au cours du XXe et au XXIe siècle, et son érosion n’est imputable qu’aux gouvernements successifs qui, en le rendant optionnel, l’ont contraint à devenir un marqueur social et à intégrer la stratégie éducative de parents qui ont le temps de s’intéresser à l’éducation de leurs enfants et le capital culturel de mesurer l’importance de cette langue.
A celleux qui pensent que la baisse des effectifs lors de sa conversion en option montre le peu d’attrait de cet enseignement, qui peut dire (et même croire) que rendre les mathématiques, le français, l’anglais ou les sciences optionnels ne conduirait pas à un résultat similaire ?
L’objet de cette contribution est donc d’inscrire le latin dans le socle commun de tout.e citoyen.ne français.e, tant au collège qu’au lycée général, sans porter préjudice à l’enseignement de français. Toutefois, il est évident que cette vision ne va pas sans une refonte de l’organisation des enseignements, qu’il faut penser ensemble.
L’apprentissage et la connaissance du latin ont de très nombreux avantages : l’étymologie (faut-il rappeler que le français est fille du latin ?) permet de faire des liens dans toutes les matières (en maths : perpendiculaire ; en sciences : la médecine comporte de nombreux termes latins, comme in utero, in vivo, parturiante, puerpéral, pro ore, etc. ; en langues : l’italien et l’espagnol sont des langues latines elles aussi, l’allemand présente des cas comme en latin), ce qui est largement bénéfique pour la mémoire.
De plus, l’apprentissage du latin comme langue permet des révisions (salutaires) de grammaire élémentaire utile pour le français, et donc nécessaires pour les épreuves de brevet et de baccalauréat, puis pour l’enseignement supérieur. Ces révisions grammaticales s’accompagnent d’une amélioration de l’orthographe (il est plus facile de bien différencier et/est quand on voit qu’en latin leur prononciation divergeait) ainsi (et ce n’est pas négligeable) qu’une amélioration de l’expression et du style écrits, tant il est vrai que la pratique de la traduction, qui pousse à chercher l’expression la plus juste, entraîne des investigations poussées dans la langue et l’apprentissage de nouveaux mots.
Enfin (mais l’on pourrait citer bien d’autres raisons), le latin ouvre la porte vers un monde Antique dont on semble, parfois, oublier la richesse : les Romains, ce sont bien les gladiateurs, les conquêtes, les temples, les amphithéâtres, les toges ; mais ce sont aussi les égouts, les passages piétons, les latrines, l’alphabet, les jeux de dé, et de nombreuses autres pratiques que l’on continue de voir aujourd’hui. A l’inverse, la société romaine s’oppose, parfois frontalement, à la nôtre : l’étudier, et explorer la mythologie, sera l’occasion d’aborder la place des femmes et des hommes, et, plus largement, des minorités de genre, mais aussi la vision qu’ils avaient de la société, de la politique (Rome étant à l’origine une république), de leurs débats passionnés sur le pouvoir de la langue et l’importance de l’étude. Il ne sera pas difficile de faire des ponts entre la situation qui est la nôtre et celle des Romains sur 7 siècles d’existence : révolte d’esclaves, fronde contre les élites, question sur la place du peuple, critique de la religion sont autant de thèmes dont les exemples romains incarnent de bons sujets d’étude.
Rendre le latin obligatoire n’est donc pas une question conservatrice : c’est donner à toustes les mêmes armes pour affronter l’Ecole d’une part, et la vie citoyenne d’autre part. Ce n’est pas sans raison que l’étude du latin et du grec soit réunie sous le nom d »humanités » : tous les arguments pointent vers l’élévation de l’intelligence et de la conscience de l’élève. A nous de les écouter. Audentis Fortuna juvat.
Gabriel Partakelidis