Il est possible d’imaginer un modèle social-démocrate fondé sur une économie de marché guidée par la solidarité, où la puissance publique ne se limite pas à redistribuer, mais agit directement au service des citoyens. En élargissant la commande publique et en donnant aux collectivités territoriales la capacité de pratiquer des achats solidaires, il devient possible de mutualiser des contrats essentiels comme l’énergie, la mutuelle ou l’alimentation, afin de garantir un accès réellement égal à ces services indispensables.
Ce type de fonctionnement existe déjà, notamment à travers les centrales d’achat dans le secteur public et privé. Il s’agirait donc de permettre aux acheteurs publics d’aller plus loin, en créant un véritable « service d’intérêt général social ». Ils pourraient coordonner des groupements dont bénéficieraient directement les habitants et les agents publics, grâce aux conditions avantageuses négociées collectivement. Certaines collectivités expérimentent déjà ces procédures, et leur généralisation, ainsi que leur extension à d’autres biens et services essentiels, serait souhaitable.
La restauration scolaire illustre bien ce principe : classée parmi les achats sociaux selon le Code de la commande publique, elle bénéficie d’un régime spécifique. Il suffirait d’étendre ce régime à d’autres domaines, comme l’alimentation ou l’énergie, permettant ainsi aux acheteurs publics de développer la solidarité tout en soutenant les producteurs responsables. Cette approche combine plusieurs effets positifs : amélioration de la qualité des produits pour les familles, réduction des coûts grâce à la massification des achats, et sécurisation des carnets de commandes pour les producteurs locaux.
Comme le droit de la commande publique relève largement du cadre européen, cette évolution législative devrait d’abord être portée au Parlement européen, puis transposée en droit français via une modification du Code de la commande publique et du Code de l’action sociale et des familles. À défaut de pouvoir qualifier certains marchés de « services sociaux » pour bénéficier des dérogations existantes, il pourrait être nécessaire de solliciter une clarification auprès de la Cour de justice de l’Union européenne.