Affronter le sujet de l’immigration

La France est un pays d’immigration surtout depuis le milieu du 19ème siècle. Mais depuis 2000, l’immigration a connu une forte croissance : le nombre d’immigrés vivant en France (hors Mayotte) est passé de 4,4 M en 2000 à 7,6 M en 2024, et leur part dans la population de 7,5% à 11,2%. Par ailleurs la composition de l’immigration a nettement changé au cours des années récentes avec un part croissante de la part des femmes (52% en 2024) et des originaires d’Afrique (48% nés en Afrique, Maghreb compris). Ajoutons qu’en 2024 la population française n’a augmenté que grâce à l’immigration, le solde naturel étant négatif.

L’hostilité à l’immigration est le facteur commun et premier de la croissance de l’extrême droite en Europe et particulièrement en France. Cette attitude vise non seulement les nouveaux arrivants, mais aussi les immigrés anciens et leurs enfants même s’ils sont devenus ou nés français. Et pour être plus précis elle se focalise sur les maghrébins.

Quoique globalement bien accueillis dans notre pays comparativement à d’autres et bénéficiant rapidement des avantages sociaux, les immigrés sont l’objet de discriminations notamment à l’emploi et d’actes racistes. Les arabo-musulmans sont aussi victimes indirectes de la situation internationale et des attentats commis par Al-Qaïda et Daesh.

Notre position constante, contrairement à l’extrême-droite, est de considérer que l’immigration a été et reste un apport utile au pays (des mineurs de fond aux prix Nobel) et qu’elle est même indispensable à son fonctionnement (notamment dans le BTP, les hôpitaux, les EHPAD, les services à la personne, la restauration etc.).

L’intégration, progressive, est manifeste et l’ascenseur social fonctionne, quoique plus difficilement avec une croissance faible de l’économie : il suffit de compter le nombre de médecins, de comptables, d’avocats, de journalistes etc. d’origine étrangère.

Toutefois, il faut s’interroger sur ce qui motive cette hostilité dans l’électorat du RN et y répondre autrement que par le déni (« vous vous trompez ») ou l’insulte …

Notre discours habituel repose sur un binôme « mieux accueillir » « mieux intégrer » ne s’intéresse qu’à l’immigration nouvelle alors que l’hostilité répandue concerne toutes les strates historiques immigrées (du moins pour l’immigration post-coloniales).

C’est un sujet qui nous fâche non seulement avec le RN, mais aussi avec LFI qui a choisi de cultiver le segment électoral des Français immigrés – surtout musulmans – au risque de favoriser le communautarisme.

Il faut donc s’intéresser aux faits précis qui la génèrent et tenter de les traiter :

 La concentration géographique excessive des immigrés dans les banlieues des grandes villes qui d’une part ne favorise pas l’intégration et de l’autre suscite la réaction « on n’est plus chez nous » « il n’y a que des boucheries hallal » etc.

 La sous-intégration des femmes du fait de la langue ou des habitudes ; renforcée avec le grand nombre de familles mono parentales i.e des femmes élevant seules leurs enfants et ayant du mal à « cadrer » leurs garçons.

 Le malaise identitaire de certains jeunes issus des pays ex-colonisés et tiraillés entre un pays idéalisé et la France.

 L’implication indéniable d’immigrés dans le narco-trafic et la criminalité liée (DZ mafia ; DZ = Algérie) en raison de leur origine géographique (pays producteurs ou de transit) ce qui les conduit souvent en prison.

 Le regain de religiosité parmi les Français musulmans pour des raisons d’identité ou de solidarité avec la lutte des palestiniens, se traduit pour une part d’entre eux par un rejet des valeurs républicaines au profit des règles religieuses et par des propos ou actes antisémites, et offre un terreau aux mouvements islamistes.

Tous ces faits ou tendances appellent d’abord une clarification et communication forte sur les coûts et bénéfices de l’immigration en s’appuyant sur les travaux de l’INSEE et de l’OFFI, ensuite sur une régulation de l’immigration au niveau européen (UE + GB) en coordination avec les pays émetteurs, et enfin des mesures spécifiques en termes d’éducation, de formation, de prévention et d’aménagement du territoire répondant aux faits énoncés plus haut.

Jean-Claude GIBLIN